Lausanne, capitale de la drogue ?
Les partis de droite s’attendent à voir déferler les toxicomanes. C’est pour les protéger qu’un local d’injection est indispensable, répond la gauche. Artisans et opposants au «shootoir» lancent cette semaine leur campagne pour la votation du 8 juillet.
«Lausanne Dope City», dénonçait au mois de février par voie d’affichage le libéral Patrick de Preux. Près de quatre mois plus tard, la section locale de l’UDC enfonce le clou: «Lausanne, capitale de la drogue?» Son affiche montre un toxicomane vêtu d’un T-shirt aux couleurs du drapeau suisse… La droite ne ménagera pas ses forces pour s’opposer à la création d’un local d’injection de drogues au centre-ville. La campagne, lancée cette semaine, durera jusqu’au 8 juillet, date à laquelle les Lausannois se prononceront à l’occasion d’un referendum spontané.
Combat gauche - droite
Depuis que l’idée d’un «shootoir» a émergé, gauche (pour) et droite (contre) s’entre-déchirent à Lausanne, alors qu’à Bienne, même les élus UDC défendent le principe d’un local d’injection pour les personnes toxico dépendantes !
Aujourd’hui, une dizaine de villes suisses disposent déjà d’un local d’injection. Radicaux, Libéraux et UDC lausannois brandissent l’image de cités envahies par des toxicomanes. «Je passe à pied deux fois par semaine devant le local d’injection de Berne. On voit une structure complètement dépassée», explique Claude-Alain Voiblet, membre UDC du comité référendaire. «Les responsables se plaignent d’avoir attiré sur le site des personnes d’autres régions voire d’autres cantons…»
Conséquence indésirable? Au contraire! «Petit à petit, un centre d’injection draine des consommateurs qui sortent du bois», confirme Martine Monnat, médecin de rue à Lausanne, qui voit là son atout principal: «La première obligation pour les usagers est de se laver les mains au lavabo. Les tables sont à chaque fois nettoyées et il y a des professionnels à disposition.» De quoi réduire drastiquement les risques de transmission de maladies virales - HIV, hépatite C, entre autres - et d’overdoses.
Deux millions pour le local
Le coût du local d’injection lausannois est évalué à deux millions de francs par année. Il s’inscrit dans un budget global de la ville (6,3 millions) couvrant toutes les actions réalisées au profit des marginaux. Le «shootoir» comptera plusieurs collaborateurs, dont un médecin à 30%. Il n’ouvrira que du lundi au samedi. A côté du local d’injection, un «bistrot social» proposera des boissons à prix avantageux. Un agent de sécurité veillera à faire régner l’ordre. Mais Claude-Alain Voiblet craint le pire: «On créera un espace de non-droit, un rayon de 100 m 2 où la police n’interviendra pas. Nous détournerons la loi fédérale sur les stupéfiants!» Les habitants de la rue César-Roux, choisie par la Municipalité pour abriter le «shootoir», ont eux aussi déjà dit leur inquiétude.
Bienne et Genève: bilans positifs
Future scène ouverte de la drogue? Source d’insécurité pour les voisins? Shootoir permissif? Force est de constater que les arguments brandis par les opposants au local d’injection sont infirmés par les expériences réalisées en Suisse… A Bienne, qui dispose d’un «shootoir» depuis une trentaine d’années, c’est même un élu UDC qui défend le concept: «Personne n’est fier d’avoir une scène de la drogue dans sa ville. Mais le meilleur moyen de la maîtriser est de créer un local d’injection», affirme Andreas Sutter, président de la section biennoise de l’UDC. «Les toxicomanes sont entre eux. Cela permet de tenir les jeunes à l’abri de la drogue.»
A Genève, Christophe Mani, le directeur du centre Quai 9 - ouvert fin 2001 derrière la gare de Cornavin - évoque aussi un bilan positif: certains visiteurs du local d’injection ont fait le choix de quitter la drogue. Et globalement, le contact avec les habitants du quartier est bon. «Le facteur principal d’intégration a été de faire ramasser les seringues usagées par les consommateurs.» .
Source : Le Matin
Mots-clés : local d-039injection, suisse
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