La Sécu va renforcer les actions répressives contre le trafic de Subutex
La Sécu va renforcer les actions répressives contre le trafic de Subutex, ce médicament de substitution à l’héroïne qui a contribué à endiguer la transmission du virus du sida, a déclaré samedi Pierre Fender, directeur de la répression des fraudes de l’assurance maladie.
“En mai, tous les acteurs de la lutte contre la fraude se sont réunis (assurance maladie, police, justice) afin de définir de nouvelles actions. Nous allons notamment renforcer les actions répressives: en plus des assurés, nous déposerons plainte au pénal, si nécessaire, contre les médecins ou les pharmaciens mis en cause”, déclare M. Fender dans une interview au Parisien samedi.
“En moyenne, 15% des consommateurs réguliers ont des remboursements qui nous interpellent et font l’objet d’investigations pour savoir s’il s’agit d’utilisation détournée. En Ile-de-France, en Alsace, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, nous sommes au-delà” dit M. Fender.
Selon lui, le plan de lutte contre les fraudes, mis en place depuis 2004 par l’assurance maladie a “porté ses fruits”. En 2004-2005, la sécu a déposé “148 plaintes au pénal contre des assurés et effectué 32 saisines auprès du Conseil de l’ordre des médecins”. “Ces actions nous ont permis de +récupérer+ 1 million d’euros environ”, ajoute-t-il.
En 2006, il évalue néanmoins le montant des fraudes “aux environ de 4 millions d’euros”. “Lorsque le Subutex est revendu, parfois à des prix très élevés, en Géorgie, ou en Finlande, il ne s’agit plus de petits trafics, mais de délinquance organisée”, ajoute-t-il.
Le médicament, qui est prescrit depuis 1996 par les médecins de ville et remboursé par la sécurité sociale, est un opiacé servant à aider au sevrage des héroïnomanes.
Selon des statistiques récentes de l’assurance maladie, le Subutex figurait en 2006 au 17e rang des produits les plus prescrits (en quantité), avec 8.533 unités, en baisse de 0,8% par rapport à 2005.
En 2006, l’Académie nationale de pharmacie avait salué les résultats de ce médicament qui a notamment permis d’endiguer la transmission du virus du sida (VIH), et de diviser par cinq le nombre de décès par overdose entre 1994 et 2002. Mais, avait-elle affirmé, “une minorité détourne le système à son profit”, notamment en Ile-de-France, Midi-Pyrénées et Provence-Alpes-Côte d’Azur.
PARIS (AFP) - Cinq des douze personnes mises en examen samedi dans une affaire de trafic de produits de substitution à l’héroïne, principalement du Subutex, ont été placées en détention provisoire, parmi lesquelles deux médecins, a-t-on appris dimanche auprès du parquet de Paris.
Un troisième médecin a été placé sous contrôle judiciaire, tout comme les six pharmaciens de Paris et de région parisienne interpellés mercredi et jeudi.
Trois dealers présumés âgés de 26 à 35 ans, qui se procuraient du Subutex ainsi que du Skénan, un puissant antalgique, ont également été placés en détention provisoire.
Médicaments délivrés pour des traitements de substitution à l’héroïne à l’origine, le Subutex et le Skénan peuvent être utilisés comme des drogues et devenir mortels en cas de surdose. Le trafic alimentait des marchés parallèles de Paris mais également des pays d’Europe de l’Est et la Finlande.
Les douze personnes interpellées ont été mises en examen par la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy comme auteur principal ou complice pour tout ou partie des infractions suivantes: “infraction à la législation sur les stupéfiants”, “infraction à la législation sur les produits vénéneux” et “escroquerie à la sécurité sociale”.
Selon les premiers éléments de l’enquête, les praticiens délivraient une ordonnance pour du Subutex ou du Skénan contre 20 euros. Ils se faisaient également rembourser les consultations par la Sécurité sociale en fournissant de fausses attestations de Couverture maladie universelle (CMU) ou d’Aide médicale d’Etat (AME) donnant droit à la gratuité.
Les trafiquants présumés se rendaient ensuite dans une pharmacie complice et obtenaient le produit sans rien débourser, là aussi grâce aux fausses attestations CMU ou AME. Le démantèlement de cette filière par la brigade des stupéfiants de Paris a commencé en octobre avec l’arrestation inopinée d’un homme en possession de 32 ordonnances pour du Subutex.
Source : AFP
Mots-clés : europe
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