Cannabis, l’enquête…
COURRIER INTERNATIONAL qui titre en couverture « Cannabis l’enquête », explique « pourquoi les pros rejoignent le anti et sonnent l’alarme ». Le magazine indique « qu’en 1997, le quotidien britannique *The Indépendant* avait fait campagne pour la dépénalisation du cannabis » mais que « 10 ans plus tard il présente ses excuses à ses lecteurs », un revirement lié au fait « que le produit consommé est aujourd’hui nettement plus puissant que par le passé » et que « des études récentes ont mis en évidence les risques de cette substance pour la santé mentale ». Pour l’hebdo, c’est « l’occasion de faire le point sur l’état des connaissances ».
Sous le titre « Pourquoi cette drogue devient dangereuse » Courrier International publie l’article que Jonathan Owen a rédigé pour The Independant. Le journal anglais qui observe que ce que fumait une jeune anglaise devenue paranoïaque était la skunk, 25 fois plus puissante que ce que fumaient les générations précédentes, précise que les producteurs ont réussi à augmenter la teneur du produit en THC, principe actif, au quel les adolescents, dont le cerveau est en plein développement, sont encore plus sensibles. Indiquant qu’1,5 million de Britanniques fument du cannabis extrafort et qu’ils sont de plus en plus nombreux à connaître des problèmes de santé mentale, le quotidien fait état de 22 000 usagers en traitement dont près de la moitié ont moins de 18 ans (contre 1600 personnes en traitement en 1996). Le journal qui note qu’il y a 12% d’usagers de cannabis contre 6% en 1996, précise que le nombre de consommateurs admis dans les services psychiatriques pour troubles liés au cannabis est passé de 581 en 2001 à près de 1000 l’an dernier. D’après le journal, médecins, politiques, toxicomanes appellent à un changement de position sur le cannabis et une commission chargée d’évaluer la politique des drogues demande au gouvernement de repenser son approche car « *la société a gravement sous estimé les dangers du cannabis* » selon une chercheuse.
Rapportant que selon Robin Murray, de l’institut de psychiatrie de Londres, un quart des consommateurs sont particulièrement vulnérables avec cinq fois plus de risques de développer un trouble psychique, le journal signale qu’une étude est en cours pour savoir si le cannabis peut provoquer des psychoses en accroissant la production de dopamine dans le cerveau. The Independant qui rappelle que le ministère de l’intérieur a rétrogradé le cannabis de la catégorie B à C dans le classement des drogues pour que sa possession ne soit plus un délit, indique que selon le commissaire d’arrondissement de Hackney (est de Londres) ce reclassement a entraîné un usage « *excessif et expansif* » de cette drogue. Suit le témoignage d’un consommateur qui a fumé de la skunk pour la première fois à 13 ans et qui dit être resté paralysé pendant plusieurs heures après avoir fumé joint sur joint mais aussi être devenu fréquemment paranoïaque. D’après le quotidien britannique, de nombreux professionnels de santé mentale souhaitent que des mesures soient prises. La directrice de l’association Sane dit « *nous avons chaque jour de nouvelles preuves du lien entre la consommation de cannabis et la détérioration de la santé mentale* ». Un responsable de l’association Turning Point estime pour sa part que le cannabis n’est qu’un facteur parmi d’autres d’aggravations de troubles mentaux chez des individus déjà vulnérables, et il estime « *qu’il faut des campagnes de prévention et d’information claires et ciblées en direction des groupes présentant le plus de risques* ».
A noter un article publié dans Newton de Milan où sous le titre « Moins nocif que l’alcool ! » le psychopharmacologue, David Nutt, relativise les dangers invoqués par *The Independant*. Evoquant le changement d’épaule de *The Indépendant*, le scientifique fait état d’une étude publiée dans *The Lancet*, à laquelle il a participé, et qui analysait la dangerosité de 20 substances en fonction de trois critères : nocivité sur l’organisme en cas d’abus, induction d’une dépendance, effets de l’usage sur la société. David Nutt qui signale qu’une note de 1 à 3 a été attribuée par des experts à chaque substance en fonction de ces critères, souligne que l’héroïne et la cocaïne arrivent respectivement première et deuxième tandis que le cannabis occupe la onzième place, après l’alcool (5ème) et le tabac (neuvième), mais avant l’ecstasy qui n’occupe que le 18ème rang « bien qu’elle soit actuellement classée dans les drogues les plus dangereuses ». Indiquant que selon l’étude, la dangerosité sociale de l’alcool est très supérieure à celle du cannabis et qu’il est plus coûteux pour la santé publique, le psychopharmacologue, relève qu’il n’est devancé en termes d’impact sur la société que par l’héroïne ; le tabac étant pour sa part le produit qui induit le plus de dépendance après l’héroïne et la cocaïne. D’après l’auteur, si le cannabis est au milieu de la liste c’est parce que les experts ont montré qu’il pouvait avoir des effets sur la santé, qu’il produisait un certain degré de dépendance et avait un certain impact sur la société (trafic illégal notamment) mais aussi un coût pour la santé puisque fumer provoque des pathologies. Evoquant la skunk dont s’inquiète *The Independant*, le spécialiste affirme qu’il n’existe à ce jour « aucune preuve scientifique » qu’elle « ait davantage d’effets intoxicants ou qu’elle entraîne plus facilement une dépendance », ni qu’elle entraîne vers les drogues dures. Sur le lien entre cannabis et schizophrénie, il dit pouvoir conclure que selon les facteurs de long terme analysés par l’étude, « le cannabis contribue à l’apparition de cette pathologie dans 7% des cas », sachant qu’en réalité il « pourrait aggraver plutôt que provoquer ce trouble mental » car fumer peut multiplier les hallucinations. Rappelant que le cannabis a été un médicament pendant des centaines d’années avant qu’il ne devienne illégal, l’auteur fait état de son utilisation thérapeutique au Canada. Sa conclusion est qu’il est toutefois préférable que les jeunes n’entrent pas en contact avec le cannabis car ils se peut que le cerveau des plus jeunes soit plus vulnérable, sachant par ailleurs qu’il n’existe aucune preuve scientifique pour le démontrer.
Et aussi un article titré « Des liens non avéré avec la schizophrénie » où Courrier international fait état d’une étude de 2002 qui indiquait que ceux qui avaient fumé du cannabis plus de trois fois avant 15 ans avaient plus de risques de devenir schizophrènes à 26 ans, tout en précisant que des spécialistes contestent la validité de ces données. Indiquant qu’une étude de 2003 nuance grandement les résultats de l’étude de 2002, le magazine observe que chez les sujets présentant une prédisposition, la prise régulière de cannabis à l’adolescence multiplie par 10 le risque de développer la maladie, alors que chez les autres elle n’a que peu d’effets.
Un article publié dans La Vangardia de Barcelone qui indique qu’à Barcelone comme dans l’UE, le nombre de personnes qui consultent pour usage problématique de cannabis ne cesse d’augmenter, sachant qu’en Catalogne ce nombre a augmenté de 78% en cinq ans et que ce sont en majorité des jeunes. D’après le journal, en Catalogne, plus de 30% des lycéens fument au moins une fois par mois et environ 1% plus d’un joint par jour.
Source : Courrier International
Mots-clés : cannabis
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