Cannabis : l’efficacité du test salivaire mise en doute
Au volant, la peur du gendarme doit dissuader les amateurs de joints et pas seulement les buveurs d’alcool. Au nom de ce principe, Michèle Alliot-Marie, la ministre de l’intérieur, a lancé, lundi 18 juin, une vaste campagne d’expérimentation de dépistage des drogues consommées par les conducteurs, par le biais de tests salivaires. Une technique beaucoup plus simple à mettre en oeuvre au bord de la route que les analyses d’urine et les prélèvements sanguins.
Pourtant, si ce type d’analyse de salive est connu pour être relativement fiable pour la cocaïne, les amphétamines, l’ecstasy et les opiacés, elle l’est beaucoup moins pour le cannabis. Or cette drogue est la plus consommée et elle contribue ainsi largement à la surmortalité routière. En 2005, au moins 230 personnes ont été tuées dans des accidents mettant en cause des conducteurs ayant consommé des stupéfiants.
Le programme européen Rosita (pour Roadside Testing Assessment) a déjà procédé à des études sur des tests salivaires, soumis à l’expérimentation dans dix villes et trois régions cet été. Or, constate le professeur Alain Verstraete, de l’université de Gand, en Belgique, ces tests “ne sont globalement pas fiables, puisque seulement 46 % d’entre eux sont capables de détecter le THC (la substance active du cannabis) présent dans les urines et dans le sang”.
DEUX RAISONS
Responsable du programme Rosita, M. Verstraete met en avant deux raisons. D’une part, il est difficile de mesurer les faibles doses de THC présentes dans l’organisme ; d’autre part, les méthodes de prélèvement nécessiteraient une formation spécifique des forces de l’ordre chargées de l’opération. Selon lui, “il faut gratter les cavités de la bouche pendant une quinzaine de secondes”. Le risque de voir les consommateurs de cannabis peu inquiétés par cette nouvelle forme de contrôle n’échappe pas au docteur Patrick Murat,
président de la Société française de toxicologie analytique. “Ils peuvent décider de prendre ce risque en connaissant le manque de fiabilité des tests salivaires”, redoute-t-il.
Comme la France, beaucoup d’autres pays, en particulier les Etats-Unis, souhaiteraient aller plus vite dans la mise au point d’un test fiable de dépistage du cannabis. “Pour l’instant, aucune étude sérieuse et aucune publication scientifique ne vont dans ce sens, constate le docteur Murat. Mais l’enjeu de santé et de sécurité publiques est tel que des progrès sont attendus avec impatience, même s’il a fallu plusieurs années pour détecter les autres drogues.”
C. de C.
Article paru dans l’édition du 24.06.07
Source : Le Monde
Mots-clés : analyse, cannabis, dépistage, drogue, salive, test, THC
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