Partisans et adversaires du local d’injection affûtent leurs armes


Le 8 juillet, les Lausannois voteront sur la politique de la Ville en matière de drogue qui prévoit notamment la création d’un local d’injection pour toxicomanes et d’un bistrot social.

Débat entre le municipal qui incarne le projet, Jean-Christophe Bourquin, et la cheffe de file des opposants, Françoise Longchamp.

Quelles seront les conséquences du vote?
– Françoise Longchamp (F. L.): Il existe déjà des institutions qui visent l’abstinence qui reste le seul but à atteindre. Un oui sera un signal négatif pour la lutte contre la toxicomanie. Ce sera le premier pas vers la légalisation des drogues.
– Jean-Christophe Bourquin (J.-C. B.): Il ne s’agit pas de légalisation. En cas de refus, ce sera le statu quo au centre-ville: insécurité, WC publics utilisés comme local d’injection. Beaucoup de toxicomanes n’auront pas d’accès au soin.

Quels sont vos craintes ou vos espoirs liés au vote?
– J.-C. B.: Une zone de tolérance envers les toxicomanes a été admise depuis quelques temps à la place de la Riponne. Si le projet est voté le 8 juillet, nous y appliquerons la tolérance zéro. La police interviendra systématiquement avec le message: «Allez au bistrot social».
– F. L.: Les propos de Monsieur Bourquin semblent aller à l’encontre du municipal de la police. Marc Vuilleumier a déclaré qu’on ne pourra pas interdire l’accès de la Riponne aux toxicomanes. La majorité des habitués de La Riponne disent qu’ils n’ont aucune envie de fréquenter le local d’injection et le bistrot social.

Les opposants prétendent que le local d’injection créera une zone de non-droit…
– F. L.: La police ne pourra intervenir que dans des cas graves.
– J. C. B.: C’est faux. C’est vrai que les toxicomanes pourront entrer dans le local sans crainte d’être arrêtés. Mais il n’y aura aucune zone dans laquelle la police n’interviendra pas. Elle agira comme elle le fait maintenant, si elle attrape quelqu’un en train de dealer dans le périmètre du centre ou ailleurs en ville. Il ne s’agit pas de faciliter la vie des toxicomanes et ni celle des trafiquants.
– F. L.: Mais comment la police fera-t-elle la différence entre le consommateur et le dealer? Les toxicomanes sont souvent les deux. Même le chef de la Brigade des stupéfiants a dit qu’une zone de tolérance sera créée.
– J.-C. B.: Il ne m’a jamais tenu ses propos. Je lui poserai la question.

N’y a-t-il pas une contradiction entre réprimer le trafic et tolérer la consommation?
– F. L.: D’un côté, les enseignants et les parents disent aux jeunes que la drogue est illicite, dangereuse et mortelle. De l’autre, les autorités ouvrent un local d’injection pour faciliter la consommation. Ce n’est pas clair non plus pour les toxicomanes qui ont entrepris une cure ambulatoire. Les médecins ont très peur que ceux-ci perdent leur volonté de s’en sortir.
J.-C. B.: On ne dit pas que la drogue c’est bien. Je réfute tout discours de tolérance sur les drogues. En ouvrant un centre, on dit il faut aider à tout moment les personnes qui ne parviennent pas à s’en sortir et qui sont dans des situations sanitaires épouvantables. C’est un message humain, un devoir de la société.

Quels sont les avantages d’un centre d’injection?
– J.-C. B.: Il résout des problèmes locaux spécifiques de santé publique, comme la diffusion catastrophique d’épidémies d’hépatites et de SIDA. Mais il n’y a pas de solution unique. Certains toxicomanes parviennent à s’insérer dans des programmes d’abstinence. D’autres n’y arrivent pas. Il faut avoir un éventail de réponses le plus large possible.
F. L.: Dans un pays comme l’Allemagne où il y a 20 locaux d’injection, le nombre de décès par overdose est trois fois plus élevé qu’en France.
- J-C. B.: Vous dites que c’est parce qu’il y a moins de locaux qu’il y a moins d’overdose?
- F. L.: Non, c’est parce qu’ils ont une politique beaucoup plus restrictive que dans les autres pays.

Reconnaissez-vous un point positif dans le projet?
– F. L.: Celui de la soupe populaire qui propose que les gens dans le besoin bénéficient de deux repas par jour. Mais je suis opposée au bistrot social.

Comprenez-vous le discours de vos adversaires?
– J.-C. B.: Ce n’est pas une décision facile. Les toxicomanes peuvent provoquer un effet de répulsion. On doit soigner tout le monde. Il faut ouvrir son esprit.

Source : 20 minutes

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