Le problème de la drogue s’intensifie en Algérie


Lors d’une conférence sur le rôle de la société civile dans la prévention contre les stupéfiants, qui a eu lieu le 27 juin à Alger, à l’occasion de la Journée Internationale contre la Drogue et les Trafics Illicites, le Bureau National de Lutte contre la Drogue et les Toxicomanies a mis en garde l’Algérie. En effet, si les mécanismes pour lutter contre le phénomène ne sont pas soutenus, le pays pourrait évoluer de pays-consommateur à pays-producteur dans les prochaines années.

Abdelmalek Sayah, directeur général du Bureau National de Lutte contre la Drogue et les Toxicomanies, a dit que les opérations de saisie de drogues menées par les organismes de sécurité faisaient la preuve que des quantités significatives de drogue étaient produites en Algérie, en particulier le cannabis, dont la culture dans le pays n’est plus un secret.

En avril dernier, des services de la police nationale avaient découvert une ferme dans la wilaya d’Adrar, au sud de l’Algérie, dans laquelle étaient cultivés plus de 16 000 pieds de cannabis.

Sayah, ancien juge, a déclaré au cours de la conférence que la culture de la drogue était considérée comme un des “secteurs les plus profitables”. Ainsi, des gens s’adonnent à cette culture dans des régions montagneuses, à la frontière, mais à l’écart des wilayas, qui sont l’objet de grands contrôles de la part des forces de sécurité et des douanes. Il a affirmé que le phénomène de la culture des drogues en Algérie, contrairement à d’autres nations, “en est à son stade préliminaire”.

L’usage de stupéfiants a également augmenté en Algérie dans les dernières années. Parmi 17 affaires présentées devant la Cour algérienne à Sharaqa en un jour, dix étaient liées à la consommation et au trafic de drogues. Le nombre d’affaires prises en charge par les forces de sécurité, tout comme les quantités de drogue saisies, n’ont cessé de s’élever au cours des années récentes.

Une enquête menée par le Centre National d’Etudes et d’Analyse de la Population et du Développement (CENEAP), publiée le jour même de la conférence, affirme que les enquêtes menées jusqu’à présent sur l’usage et le trafic de stupéfiants ne sont pas représentatives, et ne peuvent prétendre refléter le niveau réel de l’étendue des toxicomanies. Se référant aux statistiques des prises en charge judiciaires (police et douanes), l’enquête montre que le nombre de cas relatifs au trafic de drogues est en moyenne de 7000 par an. En 2006, 10 000 personnes étaient présentées devant la Justice, comparé à 8500 en 2004.

Dans les six premiers mois de 2007, les Cours algériennes ont traité 1 061 affaires impliquant 1 424 personnes, de nationalité lagérienne ou étrangère - africaine en particulier. Un rapport publié par la Police Judiciaire algérienne indique que 56.32% des personnes impliquées étaient âgées de 25 à 45 ans, et étaient au chômage. Ils avaient de 18 à 25 ans dans 34.55% des cas.

Etant donné la croissance du phénomène, Sayah a dit qu’il prévoyait plus de quinze tonnes de drogues saisies avant la fin de l’année. Le Bureau National de Lutte contre la Drogue et les Toxicomanies a déjà fait état de la confiscation, pour ce début d’année, de plus de 8.5 tonnes.

Sayah a dit que 20 000 toxicomanes avaient bénéficié de soins adaptés dans des centres spécialisés entre 1992 et 2002. Ce chiffre, a-t-il ajouté, “ne reflète pas la réalité de la situation étant donné le nombre exact de personnes dépendantes de la drogue”. Il a ajouté que le nombre de toxicomanes bénéficiant de soins et de traitements dans les deux centres spécialisés de Blida et d’Oran n’excédait pas 2000 en 2006.

L’Algérie souffre de grandes afflux de stupéfiants par ses frontières avec le Maroc, en dépit du fait que ces dernières aient été fermées en 1994, à la suite des tensions entre les deux pays à la suite de l’attentat à la bombe de l’hôtel Asni.

Sayih a dit que plus de 87% des drogues entraient en Algérie par les frontières occidentales étaient dirigées à l’étranger, mais que le pourcentage restant était consommé au niveau local.

Christopher Luckett, directeur du Groupe Pompidou, le forum du Conseil européen sur la prévention de l’usage de drogue et du trafic de stupéfiants, a annoncé un projet commun entre le Conseil et l’Algérie, visant d’une part à réaliser une étude sur la toxicomanie chez les jeunes, et, d’autre part, de former les algériens aux travaux de prévention et de traitement des drogues.

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