La drogue enflamme encore une fois le canton de Vaud
Les Lausannois se prononcent ce week-end sur une infrastructure destinée aux toxicomanes. La campagne a été particulièrement chaude. Un signe de la résistance du canton face à une politique plus ouverte en matière de drogues.
«Lausanne Dope City.» En février, cette affiche a fleuri sur les murs lausannois. Quelques mois plus tard, la section de l’UDC locale abondait dans la même direction, avec un placard montrant un toxicomane vêtu d’un t-shirt aux couleurs du drapeau suisse. Lausanne, capitale de la drogue? Ce week-end, ses habitants décideront s’ils veulent ou non d’un local d’injection. Selon les opposants au projet, le risque est de voir leur ville se transformer en haut lieu de la toxicomanie.
Ces craintes ne sont-elles pas dépassées, alors qu’au moins huit autres cités helvétiques possèdent déjà de tels locaux? Le premier espace de ce type a été créé en 1986 à Berne. Zurich, Bâle, Bienne, Olten, Schaffhouse ou encore Soleure ont ensuite suivi. En mars, les Lucernois ont également accepté le lancement d’un projet pilote alors que l’Exécutif de Thoune a annoncé récemment qu’il y renonçait. Côté romand, seule Genève a franchi le pas en 2001, avec son «Quai 9». Un signe que les Francophones sont moins ouverts dans la politique de la drogue.
«Lorsque nous parlons de Lausanne comme d’une capitale de la drogue, nous pensons à l’échelle vaudoise», précise Claude-Alain Voiblet, membre UDC du comité référendaire. Au niveau régional, justement, les discussions sont fébriles.
A grand renfort de spécialistes, gauche et droite se disputent autour du projet qui prévoit la création d’un local d’injection et d’inhalation près du centre-ville, accompagné d’un bistrot social. Cela ne va pas sans dérapages. Lors d’un débat public organisé par le journal 24 heures, une femme n’a ainsi pas hésité à passer plusieurs fois son pouce sous sa gorge pour évoquer sa solution à la question des dealers, alors qu’un homme traitait le directeur de la Sécurité sociale de «nazi».
«Une étape vers la légalisation»
A droite, on redoute que ce nouveau lieu soit une étape vers la légalisation, alors qu’il faut viser l’abstinence. «Le local de consommation et le bistrot social sont là pour accompagner, garder un lien pour que la personne en déroute sache à qui s’adresser le moment venu»,répond dans un courrier de lecteurs le Dr Patrick Forel, secrétaire de l’Association vaudoise des médecins concernés par la toxicomanie.
Cette opinion trouve des partisans surprenants. A Bienne, où un tel lieu existe depuis six ans, un élu UDC, président de son parti, ne tarit pas d’éloges. « Le mieux est évidemment que ces gens arrêtent de se droguer, souligne Andreas Sutter. Mais cela offre au moins une situation cliniquement propre et facilite, un jour, la sortie de la toxicomanie. Et puis, les personnes concernées peuvent être mieux surveillées, et attaquent moins la population civile. »
Par Caroline Zuercher
Source : Tribune de Genève
Mots-clés : local d-039injection, Suisse
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