Overdose démagogique
Dame! Les autorités lausannoises auraient-elles décidé d’introduire la distribution d’héroïne dans les écoles? C’est probablement ce que cache le slogan d’une des dernières affiches concoctées par l’UDC: «Un shoot pour nos enfants?» Mais il se pourrait aussi que le parti de Christoph Blocher ait simplement fait une nouvelle overdose de démagogie. Et que tout ce que la ville de Lausanne demande, c’est d’ouvrir enfin un local d’injection pour toxicomanes, vingt ans après que Berne eut, la première en Suisse, fait le pas.
La question, qui sera tranchée dimanche par les Lausannois, mérite un débat, auquel les anathèmes de l’UDC apportent une bien piètre contribution. Le principal enjeu étant de savoir si les toxicomanes doivent continuer d’être mis au ban de la cité, ou s’ils peuvent y avoir une place. La droite, si elle n’est pas tout simplement hypocrite sur ce dossier, fait preuve d’un angélisme qu’elle se plaît d’habitude à dénoncer chez ses adversaires. Il est touchant de l’entendre vanter les mérites de la prévention, elle qui rechigne d’habitude à y mettre les moyens financiers. Confondant de l’entendre répéter à l’envi le couplet de l’abstinence, comme si cet impératif purement déclamatoire pouvait venir à bout de la réalité, complexe et multiforme, de la toxicomanie.
Une réalité que l’on ne saurait appréhender en lui superposant le paradis de la pureté, même en forçant les drogués à entrer dans le purgatoire de la désintoxication. Comment prétendre en effet rendre à quiconque sa volonté en lui déniant tout libre arbitre? Il faut malheureusement s’en convaincre: aucune politique ne fera disparaître la misère sociale et sanitaire de la toxicomanie. C’est pour cela qu’il est nécessaire d’y descendre, de s’y «salir» les mains. Non pas pour laisser les êtres aller à la dérive, mais pour les aider à réintégrer peu à peu un tissu social auquel ils ont été dramatiquement arrachés. Pour qu’ils ne soient pas constamment livrés à la dangereuse galère de la rue, condamnés à se piquer dans des conditions sanitaires déplorables.
La campagne imprécatoire des opposants l’aurait presque fait oublier: le projet de la ville de Lausanne ne se résume pas à un «shootoir» où on laisserait les drogués s’injecter la mort à petites doses. Outre qu’ils y bénéficieraient d’un suivi, les toxicomanes auraient à leur disposition un «bistrot social». A Bienne, un dispositif identique a permis de redonner à cette population une place dans la cité, tout en diminuant les frictions avec les habitants et les commerçants. Et la droite ne met pas les pieds au mur, loin s’en faut: récemment, un élu UDC a demandé que le local d’injection soit désormais ouvert sept jours sur sept. La droite lausannoise aurait bien besoin d’une petite cure de réalisme.
Source : Le Courrier
Mots-clés : drogue, lausanne, local d-039injection, toxicomanie, UDC
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