Soins et prévention du sida: un centre MSF dédié aux prostituées de Kinshasa


Leur nom de scène tatoué sur les avant-bras: “Chimène”, “Filo”, “Channel” et “Jackie”, les prostituées des quartiers populaires de l’est de Kinshasa accueillent avec chaleur les sensibilisateurs de Médecins Sans Frontières (MSF), leurs préservatifs et leurs conseils.

Dans la cour en terre grise d’une maison aux murs nus et au toit de tôles percées où vit une douzaine de femmes, la matinée est consacrée aux enfants et au tressage des cheveux.

Elles ont entre 17 et 35 ans, ont souvent quitté le domicile familial à l’adolescence. Channel est partie “parce que c’était la misère” et qu’elle voulait gagner sa vie, Filo parce qu’elle en avait eu “envie”.

Aucune ne dit regretter son choix. La passe se négocie entre 500 et 2.000 francs congolais (entre 1 et 4 dollars), selon les clients et les lieux, et dont il faudra reverser une partie à leur bailleur et/ou proxénète.

Le dénuement quasi-total de ces femmes, vêtues de pagnes et de T-shirt déchirés, n’entame pas leur bonne humeur. On parle peu de violences, le plus souvent du fait d’”hommes en uniforme” qui volent les filles ou les brutalisent, jamais de maladie.

Elles se rendent pourtant toutes au centre “Biso na Biso” (”Entre nous” en lingala, langue de l’ouest de la République démocratique du Congo), où MSF-Belgique propose depuis mai 2006 un dépistage du VIH/sida, des soins gratuits aux prostituées et à leurs enfants.

“Nous voyons régulièrement 1.200 femmes. Chez les prostituées, le taux de prévalence du VIH est estimé à 15% (contre 5% au niveau national). Plus d’un tiers d’entre elles ont la syphilis”, explique Sara Van Rompaey, jeune médecin belge de MSF.

“Certaines n’ont jamais vu un préservatif de leur vie. Beaucoup ont peur du dépistage, d’être rejetées si on les voit prendre des médicaments. Ici, on leur explique qu’on peut vivre avec la maladie, être soignée”, poursuit-elle.

Une centaine des prostituées fréquentant le centre sont affectées par le virus et 35, éligibles au traitement, sont sous anti-rétroviraux (ARV). “Cela implique une discipline stricte, car les ARV doivent être pris à heure fixe, pour éviter le développement d’une résistance au traitement”, précise le Dr Van Rompaey.

Implanté au coeur de Masina, un des quartiers les plus peuplés de Kinshasa, le centre Biso na Biso ne désemplit pas, preuve pour MSF qu’il est possible de soigner une “population instable” comme les prostituées.

Le centre reçoit en moyenne “200 nouvelles” prostituées par mois, sensibilisées par des éducateurs ou par le bouche à oreille dans les quartiers.

MSF doit lutter contre les préjugés sociaux, les sectes évangéliques qui incitent à refuser des traitements et trouvent des alliés inattendus parmi les proxénètes.

“Ils incitent les filles à venir au centre. Pour eux, c’est une garantie d’avoir des filles en bonne santé”, explique Eugénie Dinkulu, une éducatrice qui arpente depuis cinq ans les taudis des quartiers est de la ville.

Loin de l’image du mafieux violent, ces proxénètes sont souvent le compagnon régulier des filles, leur “homme sûr” ou “Love” selon le jargon local, ou leur bailleur-protecteur, qui organise les passes à domicile.

“Ici, les filles payent 200 FC par jour pour le logement et 150 FC par passe. Je sais qu’elles font ça à cause de la misère. Personne ne les aide. Heureusement qu’il y a le centre pour leur santé et les enfants”, explique “Deba”, qui héberge une trentaine de prostituées dans une cour crasseuse.

“Ici, elles sont en sécurité”, dit-il. Un paravent de plastique sépare symboliquement le lieu de “réception des clients” du reste de la cour, où de jeunes femmes se partagent les préservatifs de MSF et un mégot de chanvre en allaitant leurs enfants.

Selon l’Onusida, 2,6 millions de Congolais sont affectés par le virus du sida et seules 5.000 personnes sur 400.000 malades éligibles aux traitements bénéficient d’un accès aux anti-rétroviraux.

Source : AFP

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