Drogue à Lausanne: un vote qui ne résout rien


Il y a donc un cas lausannois. Même si elle appartient à part entière à la ligue rose-verte des villes suisses, Lausanne fera exception dans l’aide à la survie des toxicomanes. Pas de local de consommation ni de bistrot social. Presque partout ailleurs, ces outils de réduction des risques ont gagné pignon sur rue. Pas par idéalisme ni volontarisme, mais par pragmatisme tout simplement. Ils resteront fermés aux toxicomanes vaudois.

La complexité du sujet est une première explication. Le faible taux de participation, alors même que la campagne a été marquée par les excès, montre assez l’embarras des citoyens lorsqu’il faut répondre par oui ou par non à une question où se mêlent des impératifs de police, de santé publique et de morale politique. Dans le doute, on s’abstient ou l’on dit non.

Le contexte politique lausannois ensuite, où une droite réduite à la portion congrue s’est emparée d’un sujet qu’elle sentait porteur, joue aussi son rôle. Tout comme la tradition conservatrice du canton dans sa politique de la drogue.

Mais tout cela aurait sans doute pu être surmonté si les électeurs avaient perçu des autorités unies, résolues et convaincantes. Tout ce qu’elles n’ont pas vraiment été. La majorité n’a pas su convaincre sa propre base. Une bonne partie de celle-ci n’aura pas manqué d’être désemparée face à tant d’attention portée aux toxicomanes. Le contexte est celui de tensions croissantes au sein de la gauche plurielle, comme en témoigne le récent échange d’insultes sur les responsabilités dans la débâcle des Docks. La discussion sur les ambitions fédérales de Daniel Brélaz a révélé le malaise croissant que suscite l’insatiable appétit du syndic. C’est donc, malgré les apparences de pouvoir absolu, une municipalité affaiblie dans sa cohésion et sa crédibilité qui vient de subir devant le peuple un premier désaveu.

Faut-il, cela dit, se réjouir du résultat de dimanche? Oui, si l’on se contente du seul message, pauvre et trivial, que l’on peut ressortir de ce scrutin: «La drogue est une mauvaise chose.» Non, si l’on admet que la lutte contre la toxicomanie et ses conséquences n’a pas avancé d’un pouce ce dimanche aux abords de la place de la Riponne.

La contribution lausannoise reste à inventer.

Source : Le Temps

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