Les Lausannois disent un non sec et sonnant au local d’injection
Le local d’injection a été rejeté par 14′118 non (54,63%) contre 11′725 oui (45,37%). Seuls 31,8% des Lausannois ont voté.

Bourquin, directeur lausannois de
Jean-Christophe Bourquin a les traits tirés, au moment de franchir la porte de la salle des mariages de l’Hôtel de ville. Et pour cause! Dans quelques instants, le directeur de la Sécurité sociale à Lausanne annoncera que les projets de local d’injection et de bistrot social, qu’il a tant défendus, ne se réaliseront pas. Soumis au vote populaire, les deux objets municipaux ont en effet été balayés par les Lausannois à raison de 54,63% de non, contre 45,37% de oui.
Un verdict sans appel, que Jean-Christophe Bourquin n’a pas une seule seconde tenté de contester au moment de s’exprimer. Sur fond de fair-play politique, le magistrat socialiste peine toutefois à masquer sa déception, battu par la droite sur son premier gros dossier depuis qu’il est entré à la Municipalité il y a une année. Un combat acharné, qui l’a visiblement éprouvé, choqué même parfois: «Dans la rue, je me suis fait traiter de nazi et de criminel, lance Jean-Christophe Bourquin. Mais ce sont ces mêmes personnes qui suggéraient de fusiller ou de passer les toxicomanes à la chambre à gaz, tout en réfutant les évidences scientifiques et médicales démontrant la nécessité d’un espace de consommation.»
S’il se donne l’été pour mieux s’expliquer le choix des Lausannois, le directeur de la Sécurité sociale annonce d’ores et déjà que tant qu’il siégera à ce poste, l’exécutif ne présentera plus aucun projet de local d’injection ou de bistrot social. «J’attends des propositions concrètes de nos détracteurs, puisque le peuple leur a donné raison. Elles seront les bienvenues, dans la mesure où elles s’inscrivent dans la politique sociale de la ville.»
C’est cette fois aux opposants au local d’injection d’avancer en terrain miné. Car si, après s’être fait claquer la porte au nez, celle-ci leur est désormais entrouverte, le seuil a été placé très haut – hier déjà – par le patron de la Sécurité sociale. Pas question, en effet, pour la capitale vaudoise de se substituer au rôle du canton dans tout ce qui touche à la prévention, de soutenir des institutions thérapeutiques qui le sont déjà par l’Etat, ou encore de bafouer le droit en exerçant sur les toxicomanes toute contrainte excessive. Un cadre pour le moins restrictif, lorsque l’on sait que plusieurs suggestions des opposants touchent précisément aux conditions rédhibitoires évoquées par le municipal.
Mais peu importe! La conseillère libérale Françoise Longchamp, présidente du comité référendaire «Non au local d’injection!» annonce pour cet automne des propositions «concrètes et chiffrées»: «Il s’agira notamment de mettre en place les maillons manquants de la chaîne. Actuellement, entre les structures à bas seuil et les thérapies d’abstinence, il y a un saut trop important à faire pour le toxicomane».
Des projets qui seront présentés conjointement avec différentes prestations déjà prévues dans la réorganisation de la grande marginalité à Lausanne, et dont les deux objets les plus contestés ne constituaient qu’une très modeste partie.
«C’est une erreur de la municipalité d’avoir tout voulu présenter en un seul paquet, et prendre le risque de tout perdre, critique l’élue radicale Marlène Bérard. Car nous étions parfaitement en accord avec toutes les autres mesures de soutien aux personnes marginalisées. Voire même avec un bistrot social sans alcool.»
par Julian Pidoux
Source : 24 Heures
Mots-clés : lausanne, local d-039injection, suisse, toxicomanie, votations
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