Local d’injection: à Lausanne, la gauche attend les idées de la droite
VAUD. Après le «non» de dimanche, la municipalité de Lausanne et la majorité rouge-rose-verte attendent les propositions de la droite, promises pour la rentrée, en faveur des toxicomanes.
L’été portera conseil. A gauche, pour apaiser les esprits et écouter d’une oreille fraîche les propositions des adversaires du local d’injection de drogues et du bistrot social à Lausanne, espère Solange Peters, socialiste et médecin. A droite, pour formuler un train de mesures remplaçant le dispositif de la municipalité rejeté par le peuple dimanche, garantit Marlène Bérard, vice-présidente du comité des opposants. Quant au municipal Jean-Christophe Bourquin, il aura également le temps de digérer une défaite pénible.
Statu quo
Encore affecté, le directeur de la Sécurité sociale de la ville affirme sèchement que la municipalité ne va pas élaborer d’autres projets. Tout va continuer comme avant. Le Passage, à la fois local d’accueil pour toxicomanes - où il est interdit de consommer des drogues - et bistrot social sans alcool, poursuit sa mission. UnISET, unité de rue qui encadre les personnes dépendantes va reprendre du service. L’échange et la distribution de seringues resteront le gage, fragile, d’une hygiène en sursis. «La balle est dans le camp de la droite», rebondit Jean-Christophe Bourquin.
Marlène Bérard promet des propositions pour l’automne. Elle suggère quelques pistes. Un poste destiné à la prévention dans les écoles, occupé par un ancien toxicomane. Des synergies entre Le Levant, centre résidentiel voué à l’abstinence, et Le Passage, au nom d’un «moyen seuil» tourné vers le sevrage, avec des exigences moins strictes d’un côté et davantage de fermeté de l’autre. Une soupe populaire ouverte midi et soir, comme l’imaginait la municipalité dans le projet refusé. Une bourse aux emplois pour redonner le goût du travail aux personnes dépendantes qui battent le pavé.
Il s’agit de multiplier les occasions de contacts qui pourraient déboucher sur une prise en charge vers la réinsertion et la disparition de la «scène ouverte» au centre-ville. Une motion verra le jour à la rentrée, même si elle croit peu à ses chances de réussite face à un parlement rouge-rose-vert.
Climat détestable
En filigrane, la méfiance rôde toujours, les blessures verbales sont difficiles à oublier. Les protagonistes hésitent à se projeter dans l’avenir. A vingt-quatre heures du scrutin, on ne réinvente pas une politique qui semblait, aux yeux de ses partisans, raisonnable, humaine et, surtout, inéluctable. Tandis que ses ennemis la jugeaient irresponsable, immorale, voire assassine.
Marlène Bérard a beau assurer son soutien au statu quo actuel. Jean-Christophe Bourquin n’y croit pas. La réduction des risques, même dans sa version minimale en vigueur à Lausanne, contrarie la droite. En revanche, la population, selon le municipal socialiste, approuverait la situation actuelle. Son vote, sinon un taux élevé d’abstentions, exprimerait plutôt le désarroi vis-à-vis du local d’injection, diabolisé à grands frais sans tenir compte des études scientifiques et du pragmatisme qui milite pour une approche multiple de la toxicomanie, ajoute Solange Peters.
Le système à l’œuvre, certes satisfaisant, ne répond cependant pas aux problèmes de santé et d’ordre public. Le dispositif soumis aux urnes - qui envisageait une réorganisation complète de la politique de la Ville en matière de toxicomanie - était la seule solution acceptable du point de vue éthique et légal en accord avec les compétences communales; prévention et thérapie étant l’apanage du canton qui applique les directives de la Confédération, explique la conseillère communale.
Le «moyen seuil» lui paraît vide de sens en dehors d’un local de consommation et d’un bistrot social. Solange Peters assure cependant un examen objectif des idées de la droite. Pourvu qu’elles ne servent pas exclusivement à faire le ménage sur la place publique.
Malgré la diplomatie, le fossé reste profond. Il faudra le combler, reprendre le dialogue. A défaut, le combat risque de reprendre fatalement à la rentrée. Sur le dos des toxicomanes: toujours à la Riponne. Solange Peters avoue que cet état de confrontation permanente entre une majorité trop forte et une minorité trop faible perturbe le bon fonctionnement du Conseil communal. La rupture guette toujours. Dans un climat pareil, s’il ne change pas, il y a peu de chances d’aboutir à un compromis viable. Oui, vivement l’été.
Source : Le Temps
Mots-clés : droite, gauche, lausanne, local d-039injection, proposition
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