De plus en plus dépendants


Le nombre de militaires canadiens aux prises avec des problèmes d’alcool et de drogues a plus que doublé depuis que le Canada s’est engagé dans la guerre au terrorisme en 2001.Entre 2001 et 2006, le nombre de militaires évalués comme ayant besoin d’un traitement a augmenté de 125% selon des documents obtenus par Le Journal de Montréal via la Loi sur l’accès à l’information.

Le nombre de militaires évalués par un officier médical ou un conseiller en toxicomanie est en effet passé de 293 à 660 au cours de cette période.

La Défense nationale affirme ne pas pouvoir établir de lien entre l’engagement canadien et cette hausse fulgurante.

Elle ne peut toutefois pas le nier non plus. «Ce sont des données brutes qui n’ont pas encore fait l’objet d’analyses pour déterminer si cette augmentation est significative d’un point de vue scientifique», explique Narinder Dhillon, chef national des services professionnels en toxicomanie.

Stress, détresse

Peut-on y voir un lien avec le stress, voire la détresse, occasionné par des missions périlleuses passées ou à venir? «Ce serait spéculer de dire oui. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de lien. Mais sans analyses, on ne peut pas réellement le savoir», dit M. Dhillon.

Il avance toutefois que la réforme des soins de santé mentale débutée en 2000 peut avoir joué un rôle dans cette hausse.

«Ça a conscientisé plus de gens et amené plus de militaires à demander de l’aide», suggère M. Dhillon.

Le colonel à la retraite Michel W. Drapeau qualifie de «désinvolture troublante» cette absence d’analyses de données qui touchent l’importante question de la santé des militaires.

«Si je faisais partie d’une famille dont un membre est militaire, je voudrais que les Forces se penchent là-dessus», déploret- il.

Me Drapeau se dit préoccupé, mais non surpris par ces statistiques. «On exige beaucoup de nos militaires. Les soldats et leurs familles vivent un stress continu et cumulé par les combats ou l’attente d’aller en mission», explique-t-il.

Alcoolisme

Selon Narinder Dhillon, il ne faut pas croire que la dépendance à l’alcool soit pire chez les militaires que dans la population.

Il cite en exemple un sondage réalisé en 2002 par les Forces armées auprès de 8 000 militaires. Ainsi, 4,2% ont affirmé avoir eu une dépendance à l’alcool durant la derrière année. Un pourcentage qui est moindre que ce qu’on retrouve dans la population en général (5,7%), affirme-t-il.

Ce sont toutefois 8,5 % des militaires qui ont affirmé avoir connu cette dépendance au cours de leur vie. «C’est similaire à la population en général (8,5%)», dit M. Dhillon en précisant que cette différence n’est pas significative.

Ces données concernent seulement 19 bases, soit Bagotville, Cold Lake, Goose Bay, Trenton, Gander, Greenwood, Winnipeg, Comox, North Bay, Ottawa, Halifax, Gagetown, Valcartier, Petawawa, Kingston, Borden, Edmonton, Wainwright et Esquimalt.

Source : Canoë info

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