Ile de la Réunion : “Ni diaboliser, ni banaliser”


L’association Réseau Oté s’occupe depuis dix ans de la prévention et des soins chez les polytoxicomanes. Leur action : une approche sociale, médicale et psychologique du problème addictif, la prise en compte du milieu social et familial des consommateurs et la réduction des risques par la maîtrise de cette consommation.

Pour la majorité des fumeurs de zamal, le cannabis est un des “plaisirs de la vie”. “C’est une phase qui ne dure qu’un temps, un usage occasionnel, souvent festif, et qui s’arrête quand ils mènent une vie plus rangée avec des responsabilités”, explique Jean-François Guignard, responsable du Réseau Oté. D’autres en prennent suite à des problèmes. Le produit soulage alors leurs souffrances créant, parfois des surconsommateurs qui ont besoin de leur “ti l’effet” et dont la vie quotidienne est affectée par cette dépendance (échec scolaire, sentimental, professionnel).

L’alcool plus dangereux

“Il faut avant tout régler les problèmes psychologiques de ces consommateurs, car dès qu’ils prennent conscience des raisons qui les ont poussés à consommer, ils arrivent plus facilement à devenir acteur de leur sevrage physique, mais surtout psychique. Il ne suffit pas seulement de mettre un pansement sur une blessure en les sevrant, c’est en amont qu’il faut travailler. Le rôle de nos intervenants n’est pas de juger, mais d’adapter les solutions en fonction des personnes qui viennent les voir”, précise Jean-François Guignard. Les jeunes viennent consulter parfois d’eux-mêmes, souvent poussés par leurs familles, mais aussi suite à une “injonction thérapeutique” du tribunal. Une mesure de clémence qui n’a lieu qu’une fois. L’association, au bout de trois mois, remet au contrevenant un certificat de fin de traitement à présenter au juge. Jean-François Guignard, sans banaliser l’usage du cannabis, tient à souligner que la consommation d’alcool est un problème bien plus grave et que les politiques n’en tiennent pas assez compte. Souvent, la question de l’hypocrisie des adultes et de la loi est évoquée par les jeunes consultants : “Pourquoi on autorise l’alcool à nos parents alors que nous, dès qu’on fume un joint, on nous arrête ?” On diabolise le zamal, mais un énorme travail reste à faire sur l’alcool et les drogues dures. Ces dernières étant aujourd’hui de plus en plus courantes à la Réunion (ecstasy, amphétamines, acides). En 2006, 80 jeunes, et moins jeunes, de toutes origines sociales, sont venus aux “consultations avancées pour les jeunes consommateurs” du Réseau Oté, dont 30 suite à une injonction thérapeutique.

Source : Clicanoo - Journal de l’île de la Réunion

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