Les Bernois veulent empêcher leurs jeunes de se livrer à des concours de boit-sans-soif
BERNE. Le gouvernement prépare une loi qui entend interdire les «binge drinking», à savoir la vente sans limites d’alcool dans les lieux publics. Tout ce qui contribue à ne plus banaliser l’ivresse est à saluer, commente un médecin spécialiste.

Les urgences sont confrontées à une augmentation des admissions de jeunes, victimes de coma éthylique.
«Il y a quelques semaines, le bar Visir, dans ma ville de Thoune, proposait une soirée où il est possible de boire toutes boissons à gogo, pour un prix d’entrée de 50 francs. J’ai aussi noté de telles publicités à Münchenbuchsee ou Schönried. Il faut interdire ces soirées dangereuses, au cours desquelles des jeunes mettent leur santé et même leur vie en péril.» Le député socialiste bernois Patric Bhend demande au canton de Berne d’interdire les binge drinking, en adaptant la loi sur la restauration. Le gouvernement rouge-vert y souscrit. Il soumettra un projet qu’une majorité du Grand Conseil devrait entériner cet automne.
«L’inquiétude face aux soirées binge est légitime», commente Pierre-André Michaud, médecin chef de l’Unité multidisciplinaire de santé des adolescents au CHUV, à Lausanne. Le principe est simple, «il est largement pratiqué en Allemagne et en Autriche et arrive en Suisse», explique Patric Bhend: une fois la taxe d’entrée à la soirée réglée, le client peut boire autant qu’il le veut.
Consommation en hausse
«On constate depuis plusieurs années une consommation d’alcool en hausse chez les jeunes, complète Pierre-André Michaud. Les cuites ont certes toujours existé, mais ce qui caractérise la société actuelle, c’est l’excès dans le seul but de se saouler. On recherche la sensation extrême.» Le médecin rapporte que les hôpitaux sont confrontés à une augmentation des admissions aux urgences de jeunes, victimes de coma éthylique.
Il insiste sur les conséquences des soirées binge: «Un danger vital, même s’il est restreint. Des violences, avec des bagarres, des accidents de la route, des abus sexuels. Et il est démontré que l’abus de consommation chez les très jeunes accroît le risque de dépendance à l’alcool.»
De son côté, Patric Bhend insiste sur la perversité du principe de la soirée binge: «Lorsque vous avez payé l’entrée, vous avez très envie d’en profiter au maximum, sans limites. Si vous devez payer 12 francs une consommation dans une boîte, vous en prendrez peut-être une deuxième, puis vous vous direz que c’est cher. L’effet binge est inverse: il en faut pour son argent. Ce qui provoque souvent des concours pour élire celui qui aura le plus bu. Les jeunes qui participent à ces soirées n’ont pas toujours la sensation de l’alcool, car ils consomment souvent des soft drinks ou des alcopops. L’effet sucré donne l’impression d’atténuer l’effet violent lié à l’alcool.»
L’interdit: une bonne mesure?
L’actuelle loi bernoise interdit déjà à un cafetier de resservir de l’alcool à des clients en état d’ébriété. Et il est proscrit d’organiser une soirée où on peut boire des spiritueux à gogo. «Mais les responsables de manifestations ne sont pas en mesure de respecter ces obligations, puisque l’alcool est mis en libre service», constate le gouvernement. Qui entend légiférer clairement, faisant œuvre de pionnier en Suisse. «Les soirées binge ne s’organisent en général pas dans les restaurants, mais lors de manifestations, explique Stefan Reichen, du Département bernois de l’économie. Nous savons que la loi n’empêchera pas les abus dans un cadre privé, mais nous voulons lutter contre la commercialisation du binge drinking.»
Comment le canton de Berne contrôlera l’application de la loi? «C’est trop tôt pour y répondre, rétorque Stefan Reichen. Le débit de boissons est soumis à autorisation. C’est dans ce cadre que devront s’opérer les contrôles.»
«La loi aura un effet marginal, estime Pierre-André Michaud. C’est comme l’interdiction de vendre de l’alcool après 21 heures. Les jeunes sont organisés, ils contourneront aisément la mesure. Il n’empêche: le processus politique bernois induit une prise de conscience. On sort de la banalisation de l’ivresse. Fini le message: il faut que jeunesse se passe. Là, les autorités disent non à l’excès. La multiplication des initiatives et des mesures fait progresser la lutte contre l’ivresse chez les jeunes. On l’a constaté lorsque les prix des alcopops ont augmenté: la dernière étude de l’Institut suisse de prévention de l’alcoolisme montre une petite diminution de la consommation d’alcool chez les jeunes de 11 à 15 ans. Observez par ailleurs ce qui s’est passé avec le tabac. Il faut emprunter le même chemin avec l’alcool.»
Source : Le Temps
Mots-clés : adolescent, alcool, berne, binge drinking, consommation, interdiction, jeunes, lutte, politique, prévention, suisse, violence
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