Le test VIH pratiqué en quinze minutes se généralise


Plus besoin d’attendre trois ou quatre jours pour «savoir». Un test à lecture rapide sera disponible dans tous les centres de dépistage. C’est le souhait de l’OFSP.

Passer un test VIH en quinze minutes, au lieu d’attendre trois jours ou plus, c’est possible. Une goutte de sang sur une bandelette et le verdict tombe. Le principe ressemble à celui du test de grossesse.

Qui le sait? Pas grand monde. Qui le propose? Peu de centres de dépistage. Tout cela doit changer. L’Office fédéral de la santé publique (OFSP), dans son bulletin de juillet, recommande le test express dans les centres spécialisés. Pour le canton de Vaud, la Policlinique médicale universitaire (PMU) et la fondation Profa, spécialisée dans les questions de sexualité, à Lausanne, le proposeront à partir d’octobre. Bien après Neuchâtel, Genève, Bâle, Berne ou encore Zurich.

Ce n’est pas seulement par gain de temps que le test à lecture rapide est aujourd’hui privilégié. Ni pour son prix, moins cher qu’un test conventionnel. Ni pour augmenter le nombre de dépistages. Mais plutôt pour les améliorer, en ciblant les personnes «à risque».

Le VCT (voluntary counselling and testing, son nom officiel), prévoit un entretien avant et après le résultat. «Le temps pour les professionnels de donner des conseils», explique Roger Staub, chef de la Section sida à l’OFSP. «Nous savons que plus de la moitié des personnes testées ne reçoivent aucun conseil après la transmission des résultats». La crainte? Que des «kamikazes» jouent avec le feu. «Certains passent le test, apprennent qu’ils sont négatifs, pensent qu’ils sont protégés et recommencent à avoir des comportements à risque. Un jour ou l’autre, ils seront touchés.» Le test ne protège pas de l’infection, contrairement à de dangereuses croyances.

A Genève, un autre danger a été chiffré. «Avec le test traditionnel, 10% des patients ne venaient pas chercher leur résultat, affirme Bernard Hirschel, chef de l’unité VIH-Sida aux HUG. Certains pouvaient être positifs.» Le spécialiste parle à l’imparfait, puisque le projet pilote VCT est mené dans son unité depuis un an. Avec le test rapide, plus de risque. Le client ne peut pas fuir ses responsabilités. «Lors de l’entretien, j’évalue si la personne est capable d’encaisser, explique Hubert Crevoisier, infirmier à la consultation médicale Check-Point de l’association Dialogai à Genève. Un lieu où l’on pratique le VCT depuis 2005.

Pourquoi encourage-t-on ce procédé cinq ou six ans après son apparition? «Parce qu’il fallait vérifier sa fiabilité», indique Jean-Philippe Cand, coordinateur de Point fixe, antenne vaudoise de l’aide suisse contre le sida.

Le dépistage express est fiable (lire encadré), mais encore faut-il rappeler qu’il doit se pratiquer trois mois après un rapport sexuel à risque. On n’a pas encore mis au point un «test du lendemain».

Danser et… se faire dépister
Dialogai prévoit un dépistage traditionnel lors de soirées dans des clubs, avant la fin de l’année. Le principe? Proposer une prise de sang sur place. L’entretien se déroulera sereinement quelques jours plus tard avec l’annonce du résultat. Pourquoi ne pas utiliser le test rapide? «Je ne vois pas comment annoncer une séropositivité entre une ecstasy et trois verres de bière!» exagère à peine Hubert Crevoisier, infirmier pour l’association Dialogai à Genève. Utilisé dans un cadre festif, le test rapide est «une fausse sécurité», selon le Dr Matthias Cavassini, chef de clinique au CHUV: «Sur 11 nouveaux cas de séropositivité ces trois dernières semaines, 4 sont des primo-infections, pas décelables avec le test rapide.» Etonnamment, l’Office fédéral de la santé publique se montre favorable au test à résultat rapide en soirée: «Ceux qui le veulent pourraient passer le test. Mais il s’agirait surtout d’en faire la promotion», précise Roger Staub.

Un inconvénient au test rapide
Les deux tests ont-ils la même efficacité?Un paramètre est mesuré pour le test rapide, au lieu de deux pour le test conventionnel. C’est notamment pour cette raison que, au CHUV, les malades dont on sait qu’ils ont pris des risques passent encore un test conventionnel. Celui-ci peut déceler une infection dans les quinze premiers jours après un rapport, contrairement au test rapide. A la Policlinique médicale de Lausanne, où l’on mettra en place le VCT en octobre, le Dr Bodenmann se veut rassurant: «En cas de suspicion de primo-infection nous pratiquerons un test conventionnel.»

A savoir
Un adulte sur deux a déjà effectué un test VIH en Suisse.

300 000 tests sont réalisés chaque année, dont 99,7% se révèlent négatifs.

3 personnes sur 1000 sont séropositives.

Test à résultat rapide: sur 600 tests pratiqués à Genève par Dialogai en deux ans, 15 se sont révélés réactifs.

Prix du test VCT: environ 50 fr.

Prix du test traditionnel: environ 60 fr.

Source : Le Matin

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