A qui profite l’opium afghan ?
Le paradoxe est de taille. Depuis l’intervention des forces occidentales, l’Afghanistan produit des narcotiques comme aucun Etat ne l’avait fait depuis
Avant d’être chassés du pouvoir, les talibans avaient presque éradiqué les cultures de pavot. L’insignifiante récolte de l’année 2001 –185 tonnes– était à mettre au crédit d’une fatwa du mollah Omar. Les étudiants en théologie agissaient autant par conviction religieuse que pour obtenir une reconnaissance de leur sinistre régime. Mais les attentats du 11 septembre sont venus balayer leurs espérances. Désormais dans la rébellion, les talibans s’accommodent fort bien de la fleur rouge. Elle leur fournit une manne inespérée pour financer leur guerre contre les troupes de l’OTAN. La preuve? Les champs se sont surtout multipliés dans le Sud de l’Afghanistan, là où les combats font rage. «Puisque le trafic de drogue et l’insurrection se nourrissent l’une l’autre, les forces internationales ont un intérêt direct à soutenir des opérations anti-narcotiques», a estimé Antonio Mario Costa, le directeur général de l’ONUDC.
Mais si les soldats de l’OTAN traînent tellement les bottes, c’est que l’argent de la drogue profite tout autant aux peu recommandables seigneurs de guerre, sur lesquels s’appuient les Etats-Unis et leurs alliés européens. Selon les estimations, la production d’opiacées représente le tiers du produit intérieur brut de l’Afghanistan. Il serait naïf de penser que les héritiers du commandant Massoud ne touchent pas à leur part d’un gâteau si alléchant. La corruption gangrène l’embryon d’Etat. La police est déjà incapable de stopper l’entrée des produits chimiques qui alimentent les labos clandestins. Comment pourrait-elle s’attaquer à des trafiquants au bénéfice de puissantes protections?
De l’aveu même de l’ONUDC, les simples opérations d’éradication des champs de pavot se heurtent à des résistances de plus en plus farouches. Loin, très loin de Kaboul, là où personne n’a vu l’argent de la reconstruction mais où on entend siffler les bombes des avions alliés, les paysans préfèreront encore longtemps planter du pavot plutôt que des légumes. On comprend mieux les hésitations à Washington, Londres ou Bruxelles quant à l’ouverture d’un front anti-drogue. Car les états-majors espèrent toujours «gagner les coeurs» des Afghans. Douce illusion. En l’absence de toute solution politique globale, les forces étrangères ne sortiront pas du dilemme de l’opium afghan. Accepter un narco-Etat ou s’aliéner encore davantage la population afghane.
Source : Le Courrier
Mots-clés : afghanistan, héroïne, ONUDC, opium
Imprimer cet article


