Les bordels fleurissent dans le désert du Nevada
Le Nevada est le seul Etat des Etats-Unis à avoir légalisé la prostitution. La loi remonte à l’époque où la population, composée pour l’essentiel de chercheurs d’or, considérait que cette activité relevait du service public.Outre-Atlantique, Melissa Farley vient de publier un livre sur le sujet. Au cours de l’enquête de deux ans qu’elle a mené, la psychologue spécialisée dans les problèmes de la prostitution et du trafic des êtres humains, a pu visiter huit des vingt bordels légaux qui existent encore et interrogé 45 femmes ainsi qu’un certain nombre de propriétaires. Le résultat rapporté par le Guardian de Londres est édifiant.
Loin de profiter de conditions de vie plus agréables que leurs consoeurs qui travaillent illégalement, les prostituées du Nevada vivent donc rassemblées dans des bordels, dans des conditions proches de l’esclavage. Ceux-ci sont situés en plein désert, là où la loi les y autorise, loin de la vue des citoyens ordinaires et loin de toute urbanisation. Ils sont comme des prisons entourés de barbelés, les femmes y travaillent par équipe, 12 à 14 heures d’affilé dans des conditions d’hygiène précaire, surtout en ce qui concerne le dépistage du VIH ou des maladies vénériennes.
Selon Mary l’une des prostituées interviewée qui a surnommé l’endroit où elle vit ‘le pénitencier rose’, interdiction leur est faite de posséder une voiture. Dans certains endroits, selon le bon vouloir du shérif local, elles n’ont pas le droit de se rendre seules dans un bar ou un restaurant ou encore ne peuvent pas sortir après 5 heures du soir. “C’est comme si l’on signait un contrat pour avoir le droit d’être violée”, ironise l’une d’entre elles. En outre, 50% de l’argent qu’elles gagnent va dans la poche du propriétaire qui n’hésite pas à leur faire payer des amendes si elles s’endorment ou si elles arrivent en retard à l’appel.
Pour ceux, nombreux dans cet Etat, qui soutiennent le système, la prostitution légale permet d’éviter le proxénétisme, qu’ils considèrent comme la pire forme d’exploitation, oubliant que la plupart des prostituées ont également un proxénète à l’extérieur, leur mari ou leur petit ami. Pour Melissa Forley au contraire, les propriétaires de ces maisons closes du désert sont pires que les proxénètes puisqu’ils maintiennent ces femmes en prison avec la bénédiction de l’Etat. Cela n’empêche sûrement pas la prostitution illégale de prospérer, l’attitude commune très passéiste qui prévaut dans cet Etat étant que les hommes ayant des besoins sexuels, tout doit être mis en oeuvre pour qu’ils puissent les satisfaire.
Source : Courrier international
Mots-clés : bordel, Nevada, prostitution, proxénitisme, trafic
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