Une cigarette par jour peut vous rendre malade pour toujours!


Jennifer O’Loughlin est en poste depuis peu au Département de médecine sociale et préventive, mais elle a déjà une longue feuille de route. Chercheuse pendant plusieurs années à la Direction de la santé publique de Montréal-Centre et à l’Université McGill jusqu’en 2006, Mme O’Loughlin fait une entrée remarquée à l’UdeM en tant que titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les déterminants précoces des maladies chroniques.

«Chez les jeunes, il y a deux problèmes principaux en lien avec les maladies chroniques comme les troubles cardiovasculaires, les cancers et le diabète chez les adultes: le tabagisme et l’obésité», déclare l’épidémiologiste pour situer les grands axes de son programme de recherche.

«Il faut intervenir tôt auprès des enfants afin de corriger les mauvaises habitudes alimentaires, le tabagisme et le manque d’exercice avant que la maladie apparaisse, car ces habitudes traceront la ligne de leurs comportements futurs», ajoute-t-elle.

Dépendance dès la première cigarette

Certains résultats de ses travaux ont fait le tour du monde il y a deux ans. Elle a en effet démontré qu’une variante du gène CYP2A6, gène permettant le métabolisme de la nicotine et son élimination par le foie, peut provoquer une dépendance extrêmement rapide à la nicotine. «La variante en cause est plus lente à métaboliser la nicotine, qui demeure donc présente plus longtemps dans le sang», explique la chercheuse.

Au sein d’une cohorte de près de 300 jeunes âgés de 12 et 13 ans suivis pendant cinq ans, elle a pu observer que 19 % d’entre eux étaient porteurs de la variante altérée du gène; ces porteurs étaient trois fois plus nombreux que les autres à présenter des signes de dépendance à la nicotine tels les symptômes de sevrage et de manque.

«Chez ces personnes, la dépendance peut se manifester après seulement une ou deux cigarettes, affirme Jennifer O’Loughlin. Cela a complètement renversé l’idée qu’on avait sur les facteurs de dépendance. On croyait que ces filles et ces garçons présentaient moins de risques puisque la présence plus longue de la nicotine dans leur organisme réduit leur besoin de fumer. C’est le contraire que nous avons constaté et nos résultats sont très forts.»

Selon Mme O’Loughlin, la perception antérieure était due à un problème de méthode, c’est-à-dire que les chercheurs ne s’intéressaient qu’aux jeunes ayant déjà fumé 100 cigarettes ou plus; or, il faut parfois 20 mois pour que ce seuil soit atteint, alors que les premières cigarettes peuvent être déterminantes. «C’était une erreur de penser qu’un adolescent, dont le développement n’est pas terminé, peut fumer pendant un ou deux mois et s’arrêter sans qu’il y ait de problème.»

À son avis, c’est une autre erreur de penser que le tabagisme est un problème résolu parce que le taux de fumeurs adultes a chuté de façon marquée au cours des dernières années, passant de 25 à 19 %. «Le tabagisme touche encore 14 % des adolescents, précise-t-elle. Les problèmes à long terme ne sont pas réglés.»

Obésité

L’autre grand axe de recherche de la Chaire concerne l’obésité et la résistance à l’insuline. Selon les données de la titulaire, 13 % des jeunes garçons et filles de 9 à 16 ans au Québec ont un surplus de poids et 9 % sont obèses. L’obésité est un facteur prédisposant aux troubles cardiovasculaires et au diabète.

«Le phénomène a maintenant gagné les milieux socioéconomiques favorisés», souligne Jennifer O’Loughlin. À son avis, l’épidémie en vue est causée par l’effet combiné de deux facteurs: la consommation d’aliments riches en calories vides et la diminution de l’activité physique.

«On mange moins de gras, mais tout autant de mauvais aliments comme les boissons gazeuses», fait-elle valoir. L’inactivité physique est quant à elle le lot de 57 % des adultes canadiens, un mauvais pli qui se prend à l’adolescence.

La Chaire permettra à Jennifer O’Loughlin de poursuivre ses recherches longitudinales sur ces deux grandes causes précoces des maladies chroniques auprès de trois cohortes de jeunes âgés de 12 à 17 ans et totalisant près de 3000 personnes.

La chercheuse amorce également une étude d’évaluation des programmes de prévention mis sur pied par quelque 350 établissements de santé nationaux, provinciaux ou régionaux pour contrer les maladies chroniques. Cette étude, qui s’étendra sur cinq ans, sera la première à déterminer la capacité de transfert des connaissances scientifiques vers les décideurs, la portée des diverses mesures de prévention instaurées ainsi que le degré de réalisation des programmes.

Source : Université de Montréal

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