Le Triangle d’or n’est plus ce qu’il était
Cette région située aux confins du Laos, de

Des champs de pavot, des tribus montagnardes fumeuses d’opium et des laboratoires de fabrication d’héroïne cachés dans la jungle : c’est l’image que l’on a toujours du Triangle d’or. Mais la réalité est tout autre : après avoir été pendant des années le premier producteur d’opium, cette région d’Asie du Sud-Est est aujourd’hui un acteur mineur dans le commerce mondial de l’héroïne.
“Cette région garde une partie de son aura et elle continuera encore longtemps à inspirer les romanciers, concède Antonio Maria Costa, directeur exécutif de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC). Mais nous sommes bien placés pour observer qu’elle se dirige rapidement vers une éradication de l’opium”.
Le déclin du Triangle d’or est une victoire importante dans la guerre contre la drogue, même si l’on en parle peu. Reste à savoir si ce succès s’inscrira dans la durée.
Il y a trente ans, les régions aux confins du Laos, de
Que s’est-il passé ? La pression économique de
Résultat, le Triangle d’or a été éclipsé par le Croissant d’or – la zone de culture du pavot couvrant une partie de l’Afghanistan et des pays voisins, qui fournit aujourd’hui 92 % de l’opium de la planète, selon les Nations unies.
Un aspect frappant du déclin du Triangle d’or est le rôle joué par
La région autonome Wa, dans le nord-est du Myanmar, à la frontière avec
“Le rôle de
“Le principal levier de
Le Myanmar reste le deuxième fournisseur d’opium de la planète, mais loin derrière l’Afghanistan : sa production a diminué de 80 % au cours de la dernière décennie.
Kon Jern, l’un des chefs de l’armée rebelle de l’Etat Shan, basée le long de la frontière du Myanmar avec le nord de
Au Laos, les superficies consacrées à la culture du pavot ont diminué de 94 % depuis 1998. Le pays produit désormais si peu d’opium qu’il est peut-être même devenu importateur net, indique l’ONU.
Cette forte décrue pourrait ne pas durer si les paysans ne trouvent pas d’autres moyens de subsistance, mettent en garde certains experts. Le géographe Pierre-Arnaud Chouvy, chargé de recherche au CNRS, rappelle que
Il y a quatre ans, des agriculteurs de Banna Sala, un hameau isolé du Laos habité par plusieurs centaines de Hmongs, cultivaient le pavot en toute impunité. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Et certains d’entre eux sont furieux. “Maintenant, je n’ai pas les moyens d’envoyer mes enfants à l’école, s’indigne Jeryeh Sigya, 34 ans, mère de sept enfants. Avant, elle troquait l’opium qu’elle cultivait contre du savon, du sel et des vêtements. “Si on me laissait cultiver le pavot, je le ferais.”
Kon Jern, le chef rebelle birman, affirme que les agriculteurs ont du mal à changer de cultures. “S’ils pratiquent d’autres cultures, personne ne vient acheter leurs produits – les transports fonctionnent mal”, explique-t-il.
Si l’on ne veut pas que ces villages enclavés se remettent à cultiver l’opium, il faut les aider et construire des routes, des écoles et des hôpitaux, disent les experts. Mais le Myanmar, qui est dirigé par une junte militaire, pose un problème aux pays occidentaux. Les Etats-Unis lui imposent un embargo commercial. L’Union européenne a suspendu le régime de préférence douanière dont elle faisait bénéficier le Myanmar, ainsi que la coopération dans le domaine de la défense, limitant son aide à l’humanitaire.
“La politique de boycott et d’isolement signifie, bien entendu, que très peu d’aide au développement et d’assistance humanitaire parviennent au Myanmar, assure M. Jelsma, le spécialiste néerlandais des drogues. Il y a donc fort à parier que ce recul du pavot ne durera pas”.
Source : Courrier international
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