Recherche suisse : Suivre les drogues à la trace


Mieux comprendre l’organisation des filières du trafic de drogue, grâce à l’analyse chimique des produits stupéfiants. Les Nations Unies s’intéressent à la méthode, développée par l’Institut de police scientifique de l’Ecole des sciences criminelles.

Les produits stupéfiants sont bavards - à qui sait les faire parler, ils révèlent volontiers leur origine ou les filières qu’ils ont empruntées. De véritables mouchards. Grâce aux traces chimiques qu’ils contiennent, l’Institut de police scientifique de l’UNIL (IPS) est à même de déterminer la signature de certains trafiquants, de repérer leurs portes d’entrée sur le territoire national ou de tracer le circuit commercial de la drogue. A la clé, une meilleure compréhension du fonctionnement des organisations criminelles.

Trois types d’indices chimiques

Un premier type d’indice chimique peut révéler l’origine de la drogue. Une appellation d’origine non contrôlée, en quelque sorte. «Comme la vigne, les cultures d’opium ou de coca ont un terroir, avec un ensoleillement ou un type de sol spécifique», explique Pierre Margot, directeur de l’Ecole des sciences criminelles.

Les producteurs, qui raffinent l’opium en héroïne ou la coca en cocaïne, laissent également des traces chimiques. «Là aussi, on peut comparer ce processus avec la vinification, continue Pierre Margot. Ces indices de production indiquent quelles sont les méthodes employées par les laboratoires.» Solvants ou réactifs, dans leur nature ou leur proportion, permettent de déterminer si un lot de stupéfiants est passé ou non par les mêmes éprouvettes.

Enfin, pour augmenter leurs marges bénéficiaires, les intermédiaires ont pour fâcheuse habitude de couper la drogue avec diverses substances. En identifiant ces additifs, l’équipe de l’IPS peut reconstituer en partie le réseau de distribution. «Certaines substances utilisées pour couper la drogue ne se trouvent que dans quelques pays. Enfin, certains trafiquants ou petits dealers utilisent des mélanges de coupage qui leur sont propres. C’est une forme de signature.»

Par où la drogue entre-t-elle en Suisse?

En croisant les différents indices chimiques, l’ISP a pu reconstituer le parcours d’un lot d’héroïne saisi à Genève. Après analyse, un lot saisi au Tessin s’est avéré identique, mais beaucoup plus pur. Or la drogue est généralement coupée à chaque intermédiaire. Dans cet exemple, le canton italophone se trouve donc en amont de la chaîne. Avec de telles données, la police dispose d’un outil précieux pour remonter au plus haut dans le circuit de distribution, et connaître les portes d’entrée favorites des trafiquants sur le territoire suisse.

Seuls les canton romands, Zürich et le Tessin prennent part au programme de recherche. Ce qui ne permet pas encore de se faire une idée globale des filières et de leur organisation en Suisse. Une collaboration avec la Confédération pourrait prochainement conduire à une première application concrète, dans le domaine pénal. L’ONU, quant à elle, a déjà fait part de son intérêt pour la méthode développée par l’IPS qui, appliquée sur le plan international, devrait permettre la mise en place d’une cartographie mondiale des filières de la drogue.

Source : Exduco

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