Colombie : quand la coca remplace le pesos


Sous le titre «Quand la coca remplace le pesos», Le Figaro de lundi assure que les opérations antidrogue ont plongé les régions de coca dans la crise et que paysans et «narcoguerilla» des FARC ont trouvé cette parade pour pallier la pénurie d’argent : la pâte base de cocaïne sert de monnaie de substitution.

Visite à Nulpi entre le fleuve Patia et les montagnes plantées de coca, ou la poignée d’habitants qui reste craint un retour des paramilitaires. Les habitants accusent «les paras veulent chasser la guérilla pour prendre le contrôle des champs de coca». Indiquant que ce village qui était une plate forme de la guérilla des FARC est une véritable supermarché de la pâte base ou pasta, l’agence précise que cette pasta est l’unique richesse des paysans qui la vendent aux trafiquants. Le journal qui souligne qu’il vont acheter vivres et DVD dans la ville la plus proche, à une journée de bateau sur le fleuve, rapporte que dans les commerces, sur des balances de précision, les paysans manient «de petits cailloux beiges et friables : la pasta» en échange de tout ce qu’ils peuvent acheter. Un paysan sourit tristement «nous sommes revenus au troc».

D’après le journal, à Nulpi et sur le fleuve, la pasta est une seconde monnaie, mais après les visites des «patrons» (trafiquants) le peso reprend ses droits, sachant qu’en temps de guerre, comme les cartels ne se risquent pas trop en zone Farc, la pasta a fini par remplacer le peso. Sur la berge du fleuve, trois adolescents de la guérilla, l’un d’eux assure «la guérilla ne se bat pas pour la coca. Mais les narcos doivent nous payer un impôt». Un peu plus loin, un commerçant dit à mi voix «depuis 4 ou 5 ans, les Farc aussi achètent la pâte base. Et en zone paramilitaire ce sont les paras qui l’achètent». Et le Figaro d’ajouter «ironie de la guerre, la cocaïne qui sort des zones Farc finit parfois exportée par leurs ennemis paramilitaires».

Signalant que la pression antidrogue dans les régions voisines a fait migrer coca et guérilla vers le Narino, le journal évoque les bataillons de colons arrivés dans le sillage des Farc pour planter de la coca. Retour à Nulpi, où une chaloupe évacue les derniers habitants après la percée des paramilitaires, alors qu’en contrebas du fleuve un nouveau hameau se reconstruit sous protection de la guérilla et que «déjà la pasta roule de mains en mains». D’après le quotidien, les habitants de Patia «éternels déplacés» se disent «condamnées à vivre dans l’orbite des Farc, du commerce de la pasta», sachant que pour eux, paramilitaires, troupes régulières, commandos antidrogue et avions américains qui lâchent le défoliant sur leurs fermes «ne sont qu’un seul et même ennemi dont le zèle finit souvent par grossir les rangs de la guérilla».

Rencontre avec la pharmacienne du village qui soigne un blessé par balles dont la compagne tient dans ses bras un bébé au dos couvert de boutons. Elle dit «les avions antidrogue ont fumigé notre ferme. La petite était dans les champs. Le lendemain, elle était comme ça…». D’après le journal «rien n’étonne plus» cette pharmacienne qui précise que ces cas sont fréquents, et qu’elle aussi échange ses médicaments contre de la pasta.

Source : M.I.L.D.T.

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