Montréal : crasher ou revivre
L’urgence du Centre Dollard-Cormier n’a rien en commun avec les autres urgences de Montréal. Au sous-sol d’un grand immeuble de la rue Prince-Arthur, on y reçoit les toxicomanes et alcooliques les plus «poqués» de la ville.

«Ils viennent crasher ici, parfois après cinq ou six jours passés sur le party, à consommer. Ils viennent reprendre du poil de la bête», explique la coordonnatrice de cette urgence bien spéciale, Francine Côté.
Le Journal de Montréal a pu passer plusieurs heures dans cette urgence où l’on soigne des gens en crise. Des patients de tout âge sont souvent envoyés ici par d’autres ressources, ou même par la police. La plupart sont dans un état d’intoxication avancé.
C’est le cas de Marie (nom fictif), une jeune femme de 19 ans qui se prostitue pour payer son crack. Ce sont les policiers qui l’ont amenée à l’urgence, vers 16 heures. Elle avait pris son dernier fix deux heures plus tôt.
Au bout du rouleau
«Elle fait du crack sept jours sur sept. Elle vit dans les parcs depuis un an et demi», dit Véronique, une intervenante, après sa rencontre avec la jeune fille.
Il y a toutefois une lueur d’espoir puisqu’elle souhaite entreprendre une thérapie. «Mais attention, on ne force la main à personne. C’est toujours sur une base volontaire, y compris le fait de venir à l’urgence», spécifie Francine Côté. «Tout le monde est accepté, sauf quelqu’un qui a besoin de soins médicaux ou qui est violent.»
Au début de l’année, un homme à qui on a refusé l’accès a fracassé la vitre à l’entrée. Depuis, on a posé une fenêtre blindée et des caméras de surveillance seront bientôt ajoutées.
Un autre client s’est présenté en remettant son pistolet, provoquant tout un émoi dans la petite urgence. La drogue et les armes sont d’ailleurs interdites dans les locaux.
Reprendre sa vie en mains
Malgré tout, la plupart des 6 000 visiteurs qui passent chaque année à l’urgence du centre Dollard-Cormier sont très calmes. «Ils veulent souvent juste dormir et manger», dit l’infirmière Sylvie Desrochers.
Lors du passage du Journal, la majorité des neufs patients étaient même couchés à 20 heures. S’ils le souhaitent, ils rencontreront des intervenants le lendemain matin pour tenter de s’en sortir.
Certains finiront tout de même par mourir d’une surdose, mais pour d’autres, ce sera le début d’une nouvelle vie.
Il y a quelques semaines, un ancien patient a envoyé un bouquet de fleurs à l’urgence. Sur la carte, on pouvait lire qu’il était passé par l’urgence il y a trois ans et qu’il avait repris sa vie en mains. «Ça nous a fait chaud au cœur», conclut Francine Côté.
Source : Canoë - Infos
Mots-clés : Alcool, canada, client, crack, drogue, montréal, soins, surdose, surveillance, thérapie
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