Ange gardien des fêtards, “Nuit Blanche?” est en sursis
Prévention. D’ici à 2008, le projet risque de disparaître faute de fonds.

Depuis 2005, Nuit Blanche? fait de la prévention directement auprès des consommateurs de drogue et d’alcool. Mais d’ici quelques mois, l’équipe sera privée d’une grande partie de ses ressources financières. Rencontre avec Christophe Mani, directeur de Première ligne, l’une des associations qui chapeaute le projet.
Le projet Nuit Blanche? a deux ans. A-t-il su trouver sa place dans le paysage de la prévention à Genève ?
Absolument. Chaque mois, nous continuons à installer nos stands dans deux ou trois soirées, discothèques ou manifestations. En deux ans, nous avons formé près de 80 personnes. Mais d’ici à à mi-2008, tout cela pourrait être réduit à néant faute de fonds…
D’où viennent ces difficultés financières ?
Notre soutien le plus important, le “Fonds drogue”, alimenté par des sommes provenant de confiscations de stupéfiants, ne nous sera plus versé l’an prochain. Il s’agit d’un don annuel, qui est d’ailleurs passé de 123′000 francs en 2006 à 75′000 francs cette année. Il n’est attribué que pour une durée maximale de trois ans. Et nous arrivons au bout.
Pourtant, d’autres organismes de prévention survivent grâce aux subventions de l’Etat…
Les acteurs se rejettent les responsabilités. Les milieux festifs affirment ne pas avoir de budget pour la prévention. Du côté de l’Etat, on estime que ces personnes organisent des fêtes à but lucratif et qu’ils doivent donc assumer ce coût. On nage en pleine contradiction ! Une solution serait d’augmenter la contribution des institutions de santé, en matériel ou en personnel. Sinon, nous devrons trouver des sponsors…
Plusieurs institutions de santé sont déjà actives dans la prévention. Nuit Blanche? est-il vraiment indispensable ?
Tout à fait. En moyenne 10% du public d’une soirée vient à la rencontre de notre équipe. Les consommateurs apprécient que nous les prenions comme ils sont, sans discours moralisateur. Cela nous permet également de diriger la personne vers un centre de soins si nécessaire.
Le nombre de consommateurs occasionnels serait donc loin de diminuer…
Effectivement, plus de 20% des personnes qui viennent nous parler avouent avoir pris de la cocaïne au cours du mois précédent. Ceux qui sniffent se cachent de moins en moins. Ce phénomène est une bombe à retardement : les gens ne réalisent pas qu’ils peuvent rapidement devenir dépendants. Sans compter qu’en s’échangeant les ustensiles dont ils se servent pour sniffer, ils risquent de contracter l’hépatite C. Il leur faut du matériel propre !
Pour prévenir ce danger, vous proposez aux fêtards des “kits sniff”, contenant une paille stérile. Que répondez-vous à ceux qui vous accusent d’inciter à la consommation ?
Nous regardons simplement la réalité en face ! Les consommateurs existent. Nous sommes là pour leur faire comprendre qu’ils doivent prendre soin d’eux. C’est à cela que sert le “kit sniff”, qui n’est pas exposé aux yeux de tous sur nos stands. Il n’est donné qu’à ceux qui le demandent. Nous accuser d’incitation est absurde : celui qui veut une paille pour sniffer la trouvera n’importe où. Il n’a pas besoin du kit. Nous n’en avons d’ailleurs distribué qu’une quarantaine en plus d’un an.
Source : Tribune de Genève
Mots-clés : Alcool, cocaïne, consommation, drogue, fête, genève, Hépatite C, nuit blanche, prévention, projet, réduction des risques, risque, sniff, soirée
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