France : Des stages obligatoires pour les fumeurs de cannabis interpellés


Contre l’usage du cannabis, le gouvernement durcit le ton. Les usagers arrêtés en flagrant délit devront suivre des stages obligatoires et payants - qui pourront coûter jusqu’à 450 € - où leur seront exposés les dangers des stupéfiants.

Des stages exposant les dangers du cannabis pour les fumeurs pris en flagrant délit ? C’est la mesure que vient de prendre le gouvernement pour faire reculer la consommation - jugée préoccupante - de haschisch dans l’Hexagone. Avec 5 millions de fumeurs de joints occasionnels et 1,2 million de consommateurs réguliers, la France bat des records en Europe. Jusqu’à présent, les politiques de santé publique n’ont pas été très efficaces pour endiguer cette progression, en particulier chez les jeunes.

Un mineur sur deux a essayé, en 2006, contre un sur cinq en 1993 !

Alors, que faire ? Dépénaliser l’usage ? Le gouvernement ne le souhaite pas. L’idée consiste à donner un tour de vis, sans pour autant engorger des tribunaux déjà saturés. La solution vient donc de germer et le nouveau président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et toxicomanies (Mildt), Etienne Apaire, nous l’annonce : « Des stages de prévention contre le cannabis vont devenir obligatoires pour les usagers qui seront interpellés. » Il s’agira de sessions de formation de deux jours, durant lesquelles médecins, psychologues ou policiers évoqueront les dangers pour la santé, et son implication dans de nombreux accidents de la route.

Eviter les dérives

Pour être dissuasifs, ces stages seront payants. Le décret d’application de la loi de prévention de la délinquance du 5 mars 2007, qui crée ces stages cannabis, a été publié le 26 septembre dernier. Il précise que le coût du stage « sera à charge du contrevenant » et que le montant « ne pourra pas excéder celui d’une contravention de troisième classe », soit quand même 450 €. Reste à sélectionner les associations et les professionnels qui délivreront la bonne parole aux fumeurs. « Il faudra s’assurer de leur sérieux, pour que des charlatans ne profitent pas de l’aubaine », explique un médecin spécialiste des addictions. Les stages de reconquête de points du permis de conduire - qui servent de modèle - ont souvent donné cours à des dérives de ce type.

« Des sanctions rapides et pédagogiques »

ETIENNE APAIRE, président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt)

Etienne Apaire était conseiller judiciaire de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur de juin 2002 à octobre 2004. Nommé depuis le 3 septembre dernier en Conseil des ministres à la tête de la Mildt, le Monsieur Drogue du gouvernement nous révèle les priorités de ses actions pour lutter contre l’usage de stupéfiants. A commencer par la généralisation des « stages cannabis ».

Quel bilan faites-vous de la lutte contre l’usage du cannabis ?
Etienne Apaire.
La situation actuelle n’est pas bonne. La consommation de cannabis se révèle très préoccupante et en forte augmentation. Actuellement, 5 millions de Français ont déjà expérimenté le cannabis, 1,2 million de nos concitoyens en consomment régulièrement et 500 000 en font un usage quotidien. C’est beaucoup trop. Nous souhaitons qu’il y ait une mobilisation beaucoup plus forte des différents acteurs de terrain pour améliorer ces résultats.

Mais concrètement, comment allez-vous faire ?
Le président de la République et le Premier ministre, qui définissent la politique de maîtrise et de prévention de la toxicomanie, m’ont chargé de faire appliquer les dispositions pratiques de la loi de prévention de la délinquance du 5 mars 2007. Cela permet de moderniser la loi de référence sur le cannabis, du 31 décembre 1970. Nous avons maintenant la possibilité d’utiliser des procédures plus rapides et des sanctions plus pédagogiques, pour éviter l’engorgement des tribunaux. Le procureur peut maintenant proposer au juge une sanction sans que l’usager ait besoin d’aller au tribunal.

Comment cela va-t-il se traduire dans les faits ?
Les usagers interpellés pour usage vont se trouver dans l’obligation d’effectuer un stage sur ses dangers. Nous allons généraliser ces stages. Le fumeur de cannabis se verra expliquer pendant deux jours les dangers de cette drogue pour sa santé. Des éducateurs spécialisés, des psychologues et des responsables de la prévention routière prendront aussi la parole pour leur montrer les dégâts que peut provoquer la consommation de marijuana.

Pourquoi choisir la solution des stages ?
Notre modèle, c’est ce qui a été réalisé sur la route. On a pu faire baisser très sensiblement le nombre de tués et de blessés dans les accidents grâce à une politique volontariste. Elle s’appuie en particulier sur les stages que doivent effectuer les conducteurs pour regagner leurs points du permis de conduire. A cette occasion, des professionnels leur expliquent les dangers de la route. Dans la lutte contre la toxicomanie, c’est pareil. Nous faisons le pari de la pédagogie et de la fermeté.

Ces stages cannabis seront-ils payants ?
Oui, comme les stages pour regagner des points du permis de conduire. Il reste à définir avec précision le prix de ces modules de formation. Nous allons examiner prochainement.

Quand vont-ils réellement entrer en application ?
Nous serons prêts courant 2008. D’ores et déjà, des structures réfléchissent à leur mise en place. En Ile-de-France, le Centre d’information régional sur les drogues et dépendances élabore des propositions de contenu pour ces formations. Ils prennent contact avec diverses associations et services de l’Etat pour définir qui fait quoi.

Les associations ne risquent-elles pas d’être engorgées de demandes ?
Nous allons nous organiser. Les professionnels de la route ont su y arriver, pourquoi pas nous ? Il y a une vraie urgence sur ce sujet.

Qui dit stage dit pédagogie. Mais fumer du cannabis reste un délit ?
Absolument. Il n’est pas question de dépénaliser son usage. La loi de 1970 n’est pas modifiée sur tout. L’usage illicite de stupéfiant constitue toujours un délit sanctionné d’une peine pouvant aller jusqu’à un an de prison et 3 750 d’amende.

Source : Le Parisien

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