Valeurs actuelle qui titre sur «Le chantier antidrogue de Sarkozy», affirme «qu’en matière de drogue aussi, le chef de l’Etat veut la rupture».
Et d’interroger «jusqu’où ?».
Dressant un portrait d’Etienne Apaire, «monsieur drogue du président», ancien conseiller judicaire de Nicolas Sarkozy à l’intérieur, aujourd’hui président de la MILDT en charge de coordonner 19 ministères, le magazine relève que sa nomination a provoqué «la colère des associations de gauche». Etienne Apaire réagit «cela m’a étonné car ils l’ont fait sans même demander à me rencontrer. A croire sans doute que d’avoir travaillé avec le Président de la République est par nature inconvenant».
L’hebdo qui se demande si l’élection de N. Sarkozy et cette nomination annoncent «un durcissement» de la politique antidrogue, assure que les propos tenus par le Président de la République, dans une lettre adressée à Serge Lebigot, président de l’association Parents contre la drogue, pendant la campagne présidentielle, sont «mot pour mot ce que vient d’annoncer Etienne Apaire». Nicolas Sarkozy affirmait dans ce courrier qu’il n’y a «pas de distinction entre drogues douces et drogues dures», toutes étant «néfastes» d’où la nécessité d’un «délit d’usage» pour les simples consommateurs afin de «redonner une valeur à l’interdit», ainsi que de «stages de sensibilisation à l’usage de produits stupéfiants».
Notant qu’Etienne Apaire vient d’annoncer des stages «obligatoires et payants», le journal voit là une décision «en totale rupture avec les pratiques actuelles», sachant que «certains départements n’interpellent même plus les détenteurs de moins de 10 grammes». Et de préciser qu’il existe la «même volonté de rupture» en ce qui concerne «la politique dite de réduction des risques». D’après le magazine, si E. Apaire reconnaît que cette politique a été «un succès» en matière de santé publique en ce qui concerne les overdoses et les cas de sida, il ne s’en fixe pas moins l’objectif de «renforcer l’idée selon laquelle la substitution n’est pas une fin en soi et qu’il faut en sortir».
Notant que le président de la République partageait ce point de vue dans le courrier précité, l’hebdo relève qu’il ne sera donc plus question de prescrire méthadone et Subutex «ad vitam aeternam» et que quatre communautés thérapeutiques visant à l’abstinence vont être ouvertes par E Apaire qui vient dans le même temps de retirer sa subvention à l’association Asud, (usagers de drogues) laquelle «ose revendiquer» «l’usage de drogue comme un droit légitime et imprescriptible protégé par la déclaration des Droits de l’homme de 1789».
D’après Valeurs Actuelles, le chef de l’Etat prend ainsi «à contre pied les politiques menées jusqu’alors» et à «rebrousse poil certains de ses amis» comme Bernard Kouchner ex signataire de «L’Appel du 18 joint», qui en 2004 se disait «pour la règlementation de l’usage du cannabis». Voyant «plus dangereux encore» avec la proposition du député UMP des Vosges, Michel Henrich, qui préconise «d’expérimenter la création de salles de consommation» pour les usagers de drogues injectables, le magazine se demande si pour autant le Président de la République ira «jusqu’au bout de sa rupture», sachant que Serge Lebigot, dont N. Sarkozy «vante “l’engagement remarquable”», réclame «la classification comme stupéfiant du Subutex», ainsi que des séances de «testing» dans les écoles afin d’informer les parents d’une éventuelle addiction de leurs enfants, mais aussi que «tout élu qui fait la promotion des drogues soit déchu de son mandat».
Dans l’interview qu’il a accordée au journal, Etienne Apaire, indique que «compte tenu de la situation très difficile concernant la consommation des drogues», le Président de la République et le Premier-ministre lui ont demandé de «changer de braquet» dans la lutte contre la drogue, et il ajoute «c’est ce que je vais faire avec les ministères et secrétariats d’Etat concernés» pour préciser nous «travaillons déjà sur le prochain (plan) en liaison avec nos partenaires européens».
Au sujet des critiques que lui ont adressées certaines associations, il dit «Ma porte n’en reste pas moins ouverte» car c’est «une des missions du président de la MILDT que de recevoir et d’écouter tous les acteurs qui oeuvrent dans le champs des toxicomanies (…) cette diversité est à l’image de notre approche qui entend respecter l’équilibre du triptyque prévention - soins - application de la loi».
Interrogé sur les reproches adressés par certains à son prédécesseur qui aurait «privilégié les soins au détriment de l’application de la loi», il répond que le fait qu’il était médecin «a pu donner l’impression d’un petit «tropisme» en matière sanitaire», et il souligne «en ce qui me concerne (…) notre politique ne doit pas consister à encourager l’usage de drogues et la façon dont on accompagne cet usage doit être strictement cadrée», «la première des préventions» étant de «mettre en garde contre la consommation, et le meilleur message de dire et de répéter que les produits illicites (…) exposent à des risques parfois très graves».
Le président de la MILDT explique que l’augmentation de la consommation de cannabis est liée au fait que «nous avions jusqu’alors des lois dures et des pratiques molles» avec une loi «inapplicable» et «inappliquée» et que «s’est ajoutée à cela une hausse considérable de l’offre». Précisant qu’il n’est «dans l’intention de personne» d’envoyer les consommateurs en prison, il observe qu’ «il faut en revanche des sanctions adaptées» ce qui est l’objet de la loi du 5 mars 2007 sur la prévention de la délinquance qui «modernise la loi de 1970» en permettant «la création de peines appropriées, comme les stages sur les dangers de la drogue aux frais de l’usager interpellé». Etienne Apaire qui rappelle que l’objet initial de la politique de réduction des risques était de lutter contre le sida et qu’à ce titre ce fut «un succès», souligne que «le gouvernement entend bien sûr poursuivre cette politique» tout en renforçant l’idée que «la substitution n’est pas un fin en soi et qu’il faut en sortir».
Annonçant l’ouverture de «quatre communautés thérapeutiques visant à l’abstinence», il conclut «le mot sevrage ne me fait pas peur. La première réduction des risques, c’est la réduction des drogues».
Source : M.I.L.D.T.
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