De nombreux hommes homosexuels et bisexuels font la connaissance de leur partenaire sexuel en ligne. Les rapports sexuels non protégés sont comparativement assez répandus dans ce type de partenariat.
L’augmentation considérable du nombre de personnes qui entrent en contact via Internet appelle une action préventive appropriée. La prévention de l’infection à VIH sur Internet n’a probablement guère réussi jusqu’à présent, car elle n’arrivait pas à suivre le rythme et le degré de différenciation des modes de recherche de partenaires en ligne.
Avec ses forums de discussion et ses bourses aux partenaires, Internet joue aujourd’hui un rôle important pour les personnes sexuellement actives qui recherchent des partenaires sexuels. Cela vaut en particulier pour les hommes homosexuels entre 25 et 45 ans, mais aussi pour les échangistes hétérosexuels ou bisexuels, ainsi que les célibataires. Un nombre croissant d’hommes (de femmes dans une moindre mesure) ne font pas uniquement la connaissance de leur partenaire sexuel par ce moyen, mais ont aussi leur première relation sexuelle avec un partenaire dont ils ont fait la connaissance de cette manière. Combien de personnes utilisent cette plate-forme pour la recherche de partenaires? Selon des sondages hors ligne, il est permis d’estimer aujourd’hui que plus de 40% de tous les hommes homosexuels ont déjà fait la connaissance d’un partenaire sexuel sur Internet et que cette proportion n’a fait qu’augmenter les dix dernières années. Si l’on interroge des hommes homosexuels en ligne, entre 70% et 97% donnent la même réponse. Au milieu des années 90, le groupe des jeunes hommes qui avaient leurs premiers rapports sexuels avec un partenaire connu sur Internet ne représentait encore qu’un phénomène négligeable. A l’occasion de sondages en ligne effectués en Angleterre en 2004, 67% des hommes interrogés ont déclaré être déjà dans ce cas.
Les personnes en quête de relations sexuelles en ligne tendent à changer plus souvent de partenaire et à entretenir plus de rapports non protégés que celles qui recherchent leurs partenaires hors ligne, et cette tendance semble prendre de l’ampleur peu à peu . Dans le cadre d’une étude en ligne effectuée en France à l’heure actuelle auprès de 15 000 internautes, près de 35% ont indiqué avoir des rapports sexuels occasionnels ou réguliers non protégés par voie anale (unprotected anal intercourse, UAI). La part de l’UAI parmi tous les partenaires n’ayant pas subi de test ou ne connaissant pas le statut sérologique de leur partenaire était même supérieure à 40%. Le barebacking, c’est-à-dire les rapports non protégés par voie anale recherchés intentionnellement, ne prédomine pas. Le barebacking est peu répandu et se pratique surtout entre hommes séropositifs. En ligne comme hors ligne, ce sont plutôt les rapports sexuels occasionnels à risque qui jouent un rôle important.
La recherche de partenaires en ligne se distingue à plus d’un égard de la recherche de partenaires dans le monde matériel, et ces différences favorisent les pratiques à risque et entravent la prévention. Le rôle des normes sociales est central. Dans les relations sociales – en dehors de la chambre noire – les règles très efficaces pour la prévention de l’infection à VIH sont valides. Dans le contexte de cette dramaturgie, le safer sex occupe une place remarquable entre-temps. En ligne, les personnes à la recherche de partenaires sexuels se trouvent pratiquement toujours dans la chambre noire: les deux partent du principe qu’ils se rencontrent en dehors de ce lieu uniquement pour avoir une relation sexuelle. La réciprocité de cette attente n’imprègne pas seulement la première rencontre en réduisant immédiatement la communication et l’interaction physique potentielle entre les partenaires aux Quoi, Quand et Où? A cet égard, les personnes séropositives conscientes de leur statut sérologique constituent une exception. Pour beaucoup d’entre elles, l’anonymat des rencontres en ligne représente une chance et, par voie de conséquence, les phénomènes du serosorting et de disclosure sont beaucoup plus répandus parmi les partenaires séropositifs en ligne.
L’extraordinaire différenciation de la structure de l’offre sur Internet constitue un autre défi pour la prévention: il existe une plate-forme pour chaque goût, avec la clientèle correspondante, nombreuse en règle générale. Les plus grands portails gays sont à la fois grandement intégrés: à l’intérieur d’un même portail, les visiteurs peuvent lire des nouvelles du milieu concerné, tandis que la mode, la musique et le cinéma font l’objet de forums et peuvent faire l’objet d’achats. Les mêmes internautes peuvent visionner des films pornographiques ou de séquences en direct, entretenir des contacts sociaux avec des connaissances, ainsi que chercher et trouver des partenaires sexuels. Les principaux sites de rencontre en ligne sont intégrés dans des portails et peuvent compter de 500 000 à plusieurs millions d’utilisateurs. Même les grandes bourses de partenariat en ligne, traditionnellement destinées aux hétérosexuels, ont pris beaucoup d’ampleur ces 10 dernières années, et proposent leurs propres portails gays depuis peu.
On peut généralement s’y informer aussi sur le VIH et les IST. La prévention de l’infection à VIH et des IST sur Internet n’a toutefois pas donné de résultats probants jusqu’à présent. En outre, cela semble lié au fait que les mesures choisies jusqu’à présent ne tenaient pas suffisamment compte des caractéristiques spéciales des rencontres en ligne et qu’elles ne le pouvaient pas de toute façon. Les chambres noires réelles ont pour avantage de permettre d’exposer des préservatifs et des informations sur la prévention à l’entrée – et il est difficile de ne pas les voir. Les points de rencontre en ligne n’ont jusqu’à présent pas imposé de façon suffisamment systématique cette proximité avec la prévention de l’infection à VIH et des IST.
L’ASS et de nombreux autres acteurs de la prévention sont entrés sur ces canaux et proposent différents formats de prévoyance. Il existe des conseillers en ligne (e-streetworker), qui peuvent participer à des forums de discussion (et n’y sont souvent guère appréciés); ou des bannières qui renvoient à des sites sur la prévention (et sont souvent cliquées en comparaison); ou la consultation en ligne qui peut être mise à contribution pour les questions urgentes avant la prochaine fête; ou encore le label safer sex, que les utilisateurs peuvent intégrer dans leur profil (mais qui n’est guère répandu jusqu’à présent). Ces offres ont leur signification et restent nécessaires. Mais leur succès restera limité si les portails en ligne ne communiquent pas aux utilisateurs les règles de safer sex, comprises aussi comme règles sociales fondamentales. Par-delà la prévention qu’il convient de différencier plus encore selon le groupe ciblé, et il faut accorder une plus grande place aux normes sociales sur les plates-formes en ligne destinées à la recherche de partenaires. Il faudrait appeler les exploitants de ces plates-formes à assumer une plus grande responsabilité.
Source : Swiss Aids News 5 | octobre 2007
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