La consommation de drogues en Europe de l’Est reste méconnue et négligée


Les programmes antidrogue peinent à se mettre en place en Europe de l’Est, souffrant notamment d’un manque de fonds, de données fiables et de volonté politique, ont déploré à Venise les participants d’une conférence internationale.

“Nous sommes encore au balbutiement d’une politique antidrogue particulièrement en matière de réduction des risques et avons besoin d’appuis internationaux qui font souvent défaut”, a souligné Pavel Abraham, président de l’agence antidrogue roumaine, lors de la rencontre Démocratie, Villes et drogues, qui s’est achevée samedi matin.

“Les décideurs européens laissent les pays de l’Est dans les zones d’ombre de la politique antidrogue, ce qui pourrait avoir un effet boomerang dont l’Ouest ne soupçonne pas la force”, renchérit Kamil Kalina, coordinateur national pour les problèmes de drogue en République tchèque. Ce pays compte, selon les chiffres officiels, 30.000 usagers de drogues dit “problématiques”, dont 20.000 consommateurs de méthamphétamine, une particularité tchèque et 10.000 d’opiacés dont 80 à 90% par injection, avec de fortes disparités régionales.

“Les pays de l’Est, qu’ils soient membres de l’UE ou non, sont très désorientés concernant les politiques anti-rogue, soit ils se voilent la face, soit ils manquent cruellement d’expérience, de fonds, de volonté politique et de partenariats pour mener à bien des projets de réduction des risques”, résume Jiri Richter, président de l’association tchèque Sananim, qui a “appelé à l’aide” les représentants de villes de l’ouest présents à la conférence.

Pour Peter Sarosi, de l’Union hongroise pour les libertés civiques, qui fait partie d’un réseau d’associations d’Europe orientale, “il n’y a en particulier pas de réponse suffisante à la menace du VIH et des hépathites B et C”. Les associations doivent également travailler dans un contexte souvent “très répressif”, souligne-t-il avec des sanctions pénales très dures pour simple possession de drogue pour usage personnel, comme en Bulgarie où la loi ne fait pas la distinction entre consommateur et dealer. A ce contexte politique actuel viennent s’ajouter des dimensions culturelles propres, souligne le Dr Patrick Beauverie, pharmacologue, responsable d’une mission de Médecins du Monde (MDM) en Serbie. Il cite notamment dans ce pays où cannabis et drogues de synthèse se propagent, une “confusion chez certains bénéficiaires entre les approches communautaires et le communisme”, ainsi qu’une “négation” de la consommation de drogue par la personne concernée et son entourage.

MDM travaille en partenariat avec des ONG locales comme Duga en Bosnie-Herzégovine, Vita Kosova au Kosovo ou Veza en Serbie. Mais là encore “il faut bien observer”, souligne le Dr Beauverie. “Certaines pseudo-associations sont des émanations directes de partis politiques et/ou de simples pompes d’argent public qui disparaissent lorsque le financement d’un projet se tarit”. Pourtant selon lui “la politique de réduction des risques à l’Est ne doit pas venir de la technostructure européenne mais doit être élaborée à partir de la société civile et des expériences de terrain”.

Les donateurs internationaux “se contentent actuellement de mettre en place des programmes standardisés, d’imposer des lois prohibitionnistes sans aucune flexibilité”, déplore le Dr Beauverie, “alors qu’il faudrait mettre en place d’urgence à l’Est des politiques de réduction des risques souples, inventives et durables”.

Source : MAP

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