Vaud : motion pour introduire le dépistage de cannabis à l’école
Jacques-André Haury dépose aujourd’hui une motion pour introduire le dépistage de cannabis à l’école. Et punir les coupables.
Jacques-André Haury va lâcher une bombe cet après-midi au Grand Conseil vaudois. Le député d’Ecologie libérale déposera une motion demandant que les établissements scolaires dépistent le cannabis. «Les écoles doivent effectuer des tests d’urine ou de salive pour prouver une prise de drogue chez un élève. Et sanctionner le coupable», explique le médecin vaudois.
«La consommation de cannabis est punie par la loi fédérale sur les stupéfiants. Et interdite par le règlement scolaire vaudois, enchaîne Jacques-André Haury. Pourtant, à moins de prendre un élève en flagrant délit, les écoles n’ont pas le droit d’effectuer des tests, même si un jeune semble complètement jeté. C’est absurde. Pire: on confie aujourd’hui un jeune qui a éventuellement fumé au médecin scolaire. Or soyons clairs: il ne s’agit pas d’une maladie mais d’une infraction! Les élèves doivent le comprendre.»
Alors? Tests d’urine tous les matins à la chaîne et renvoi des drogués? «Pas du tout. Le dépistage n’aurait lieu qu’en cas de suspicion. Et les établissements scolaires définiront eux-mêmes la punition. Dans mon esprit, ça va de la simple engueulade à la suspension en passant par la convocation des parents.»
Le médecin ORL lausannois est convaincu de l’efficacité de la mesure. «C’est surtout un instrument dissuasif: la prise de cannabis baissera, comme la peur du radar réduit la vitesse.»
«Des effets sur le cerveau»
Si Jacques-André Haury prend le taureau par les cornes, c’est qu’il n’a pas digéré l’étude lausannoise publiée la semaine dernière. Elle affirmait que fumer occasionnellement du cannabis ne nuit pas aux performances scolaires. «Ce stupéfiant a des effets sur le cerveau et nuit aux apprentissages, lance-t-il. Alors ne le banalisons pas.» Il rejoint ainsi Raphaël Filliez, président de l’UDC Valais, qui avait également proposé un dépistage du cannabis à l’école en juillet dernier.
Reste que Jacques-André Haury s’attend à l’opposition farouche de «ceux qui veulent toujours expliquer, excuser et accompagner». Bien vu. Les milieux de la prévention ne sont pas emballés.
«Cette idée laisse penser qu’on privilégie le bâton à la place de la carotte, ce qui ne me paraît pas très heureux, réagit Jean-Félix Savary, secrétaire général du Groupement romand d’études des addictions. Nous sommes partisans de sanctions tant qu’on ne parle d’exclusions, qui ne font que déplacer et aggraver le problème. Mais a priori, cette mesure manque sa cible. La priorité est de maintenir un dialogue, de conserver le lien éducatif avec l’élève. Pas par angélisme: mais parce que ça marche!»
Et Jean-Félix Savary d’expliquer que les enseignants s’appuient avec succès sur les recommandations émises par l’Office fédéral de la santé publique dans une brochure intitulée «Ecole et cannabis». Du côté de l’Institut suisse de prévention de l’alcoolisme (ISPA), on renvoie au même manuel, qui «a fait ses preuves».
«Des mesures discutables»
Or que lit-on, dans ce guide à l’usage des enseignants concocté en 2004 déjà? «Il n’existe aucun argument convaincant pour faire des tests de dépistage de la consommation de cannabis dans une école. De telles mesures sont discutables d’un point de vue éducatif.» Précisant que les dépistages «portent préjudice à la relation de confiance entre enseignants et élèves».
Mais rien n’est gravé dans le marbre. Et parions que Jacques-André Haury a au moins raison sur un point. Les débats seront animés.
Des tests approximatifs
Pour détecter une prise de cannabis, on peut effectuer des tests sur le sang ou les cheveux. Les résultats sont fiables et précis mais nécessitent des analyses en laboratoires lourdes et coûteuses. Jacques-André Haury penche plutôt pour des tests de salive ou d’urine, qui coûtent environ 25 fr. pièce. Mais ceux-là posent problème.
Salive: Si le test est positif, on est certain que l’élève a récemment pris du cannabis. Il est même sans doute encore sous l’influence du produit. Problème: s’il est négatif, on n’est sûr de rien. Selon les spécialistes, ce test est peu fiable. Il loupe énormément de prises de cannabis.
Urine: Ce test est considéré comme fiable. Mais, s’il est positif, il ne dit rien de la date de la prise de cannabis. Le hasch peut donc avoir été consommé deux mois auparavant!
Des écoles privées n’hésitent pas
«Les dépistages de cannabis existent dans plusieurs écoles privées, avance Jacques-André Haury. Et, à ma connaissance, la consommation a baissé.» En la matière, le très huppé Collège du Léman, à Versoix (GE), a une réputation de sévérité. «Les prélèvements d’urine sont possibles grâce à un contrat passé avec les parents dès l’inscription, explique Francis Clivaz, l’ancien directeur. Nous pratiquions ces tests en cas de suspicion. Et heureusement, neuf fois sur dix, ils s’avéraient négatifs. Mais pas de demi-mesures pour les autres: l’élève était exclu.»
Pour Francis Clivaz, l’expérience était bénéfique. «C’est avant tout un instrument de dissuasion: l’élève ne prend pas le risque de se faire attraper. Ces dépistages existent d’ailleurs dans différentes institutions privées. Surtout si elles contiennent des internats.»
Dépistages abandonnés
Reste que depuis que M. Clivaz a tourné les talons, le Collège du Léman ne pratique plus de dépistages de cannabis, a indiqué hier l’institution, sans vouloir expliquer la raison de cette volte-face.
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