«H» à l’école: la guerre


Des tests pour savoir si les élèves ont pris du hasch? Le projet est déposé. Et a créé deux camps qui se déchirent autour de trois aspects fondamentaux.

Dépister le cannabis à l’école? La proposition de Jacques-André Haury suscite des débats enflammés. Le député vaudois d’Ecologie libérale a déposé mardi sa motion au Grand Conseil. Il veut une base légale pour que les directions d’établissements puissent faire passer des tests de salive ou d’urine à leurs élèves. Et exige des sanctions pour les coupables. «En octobre, nous avons déposé une motion quasi identique dans notre canton», rappelle Jean-Luc Addor, chef du groupe UDC au Parlement valaisan.

L’idée fait son chemin. Mais divise les politiques comme la population. Deux camps s’étripent aujourd’hui autour de trois aspects du problème.

Fiabilité

Les tests, effectués sur la salive ou l’urine, sont au centre des polémiques. Le premier est peu fiable. Le second ne dit rien du moment de la prise de substance. «Nous privilégions les tests d’urine, note Jean-Luc Addor. Et ils peuvent être accompagnés d’une petite enquête et d’observation du comportement.» Pour les opposants, il reste le risque de sanctionner un élève qui n’est plus sous l’effet du hasch depuis longtemps. Ou pire: «Un élève du Collège privé du Léman, à Genève, avait été viré car le test révélait des traces d’opiacés, se souvient Jean-Marc Guinchard, patron de la Direction générale de la santé, à Genève. Il était enrhumé et avait pris un sirop pour la toux à base de codéine…»

Efficacité

«Ce dépistage, c’est l’arme des faibles: un gadget qu’on sort quand tout a échoué, tonne Jean-Marc Guinchard. Or ce n’est pas le cas: la politique d’encadrement et de prévention en vigueur a fait ses preuves. Ces tests serviraient surtout à stigmatiser les ados. Et vous croyez que traîner un gamin puis le surveiller tandis qu’il fait pipi dans une fiole aide à instaurer la confiance, indispensable à toute relation thérapeutique?» Pour les motionnaires, il s’agit au contraire d’un instrument de dissuasion efficace. «Et avec une preuve de prise de cannabis entre les mains, l’adulte assied son autorité et sa crédibilité, tranche Jean-Luc Addor. C’est au contraire une excellente base de discussion.»

Punition

Arme de dissuasion, le dépistage doit aussi servir à la répression. Qui peut aller, pour Jacques-André Haury, de la lettre aux parents à l’exclusion. Les principales institutions de prévention sont également favorables à la sanction. Mais farouchement opposé à toute exclusion, «qui ne fait que déplacer et aggraver le problème».

Source : Le Matin

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