Compte-rendu de la rencontre d’ASUD avec Etienne Apaire, nouveau Président de la MILDT
Par Fabrice Olivet
Depuis 1999 ASUD bénéficie d’une subvention accordée par la Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Toxicomanies (MILDT).
Cette relation privilégiée _peu d’associations bénéficiaient de l’avantage d’être financées directement de cette façon_ avait avant tout un sens politique.
Après un petit quart d’heure d’attente (pour une fois nous étions à l’heure), la chef de projet de
Usagers de drogues
Quelques journaux sont négligemment jetés sur une table basse. « Vous voyez que je m’informe » m’annonce-t-il. « Ce qui m’amuse c’est la taille de la seringue qui s’amenuise au fil des parutions ». La seringue c’est bien entendu le logo d’ASUD. Je tente de justifier l’existence de ce logo par le contexte de lutte contre le sida qui fut l’enfance de l’association mais il me coupe en m’expliquant que « association d’usagers de drogues, c’est ambigu». Ambigu est du reste le maître-mot de son vocabulaire concernant ASUD, et apparemment le nom d’ASUD fait partie des fameuses « ambiguïtés ». Et de s’étonner que nous ayons pu déposer nos statuts en préfecture. Un conseiller suggère que nous changions de dénomination sociale, monsieur Apaire approuve, nous tentons laborieusement de rappeler l’historique d’ASUD, tout ce que l’association doit à la lutte contre le sida, tout cela constituant aujourd’hui notre identité, mais nos arguments tombent à plat. La loi, toute la loi , rien que la
La loi toute la loi rien que la loi
« J’ai été nommé pour la faire appliquer, l’usage de drogues constitue un délit, je ferai appliquer la loi contre la drogue. » Ah Oui, précision : Monsieur Apaire est fier de se présenter comme « de la vieille école », il dit « la drogue » plutôt que « les addictions » et «toxicomanes » plutôt qu’usagers de drogues. Mon collègue a le mauvais esprit de préciser «sales toxicos », je m’empresse de devoir excuser cet excès de langage.
A ceci près que Monsieur Appaire nous déclare en préambule avoir été hostile à l’ « échange de seringues » _comprenez la distribution de matériel stérile aux usagers pendant l’épidémie de sida_ puis avoir changé d’avis, jusqu’à admettre que cette action puisse en définitive se révéler être positive en matière de santé publique. Pour autant on ne s’emballe pas, la meilleure façon de lutter contre tous les problèmes connexes (sida, hépatites etc..), c’est quand même de ne pas prendre de drogues. Et les toxicomanes, il les connaît, il ne les a rencontré auparavant que dans son prétoire de magistrat du Siège.
« Drogézeureux»
Finalement je crois que ce que le nouveau président de
Réduire les risques infectieux
Ensuite Monsieur Apaire nous a écouté tenter un plaidoyer pour ASUD, en donnant des petits signes d’impatience puis a conclu en expliquant que nous étions ici chez nous _c’est à dire chez lui_ car il recevait toutes les associations. Toutes et de tous bords. D’où une petite digression sur les associations de l’autre bord, qui semble-t-il comptaient sur sa nomination pour « faire le ménage ». Rendons justice à une certaine forme d’impartialité du nouveau président de
Réduire le nombre d’usagers dans les dix ans.
A ceci près, la philosophie politique dont Etienne Appaire s’inspire en matière de drogues est clairement réductionniste, au sens où l’entend dans les officines internationales : réduire la demande. Prenons un exemple, nous lui annonçons qu’ASUD a décidé de communiquer sur les « sorties de traitement de substitution ». Dans notre idée, il s’agit de résister à la pression conjuguée de certains médecins et des visiteurs médicaux, qui, loin de philosopher sur les besoins des usagers en traitements se contentent de comptabiliser à la hausse le nombre de mg prescrits chaque année. Ces considérations semblent rencontrer celles de Monsieur le Président. Hélas, quelques jours plus tard, la lecture de Valeurs Actuelles me montre que sa vision des sorties de substitution est assez loin de la nôtre. Si l’on en croit ce journal, qui reste à ce jour le seul mensuel auquel il ait accordé une interview complète, il s’agit plutôt de réduire coûte que coûte le nombre de personnes substituées dans les dix prochaines années. Cette vision minimaliste est l’exact pendant du maximalisme hospitalo-médical que nous prétendons dénoncer. La question n’est pas de savoir s’il y a trop ou pas assez de personnes substituées mais de savoir dans quelles conditions elles vivent avec des traitements qui durent depuis 5 10 ou parfois 15 ans. Il s’agit donc, comme nous l’avons expliqué lors du colloque de Biarritz THS 8 de rechercher avec chaque usager le type de molécule, la posologie et les activités annexes (sports, psychothérapies ou traitements complémentaires) susceptibles d’améliorer la qualité de vie de ces thérapies au long cours.
Parents contre la drogue
Puis vint le plaidoyer au bénéfice de Monsieur Lebigot, le président de Parents Contre
Ah si, une autre chose lui a plu dans ASUD, c’est « votre évolution récente vers l’association de malades ». Mais tout cela est récent, il s’agit peut-être d’une inflexion circonstancielle de l’association. A tout prendre l’enthousiasme de Monsieur Apaire à notre égard reste excessivement modéré : « Sur le fond je reste réservé et la forme me pose question ». Cela devait être le mot de la fin.
Epilogue
Quelques minutes après la fin de l’entretien nous avons échangé quelques mots avec les conseillers de M. Apaire, tous deux membres des différentes équipes ayant eu à travailler avec ASUD depuis 10 ans. Leur point de vue a quelque peu atténué le goût amer que m’a laissée cette petite heure d’entretien. « Pour certains décideurs politiques que nous avons rencontrés récemment vous êtes le diable ! » nous dit l’un d’eux. Il est étrange de constater à quel point notre petite association, qui salarie 3 ou 4 personnes dans un bureau poussiéreux, est appréhendée comme l’une des pièces maîtresses d’un dispositif destructeur au service de l’anti-France par certains milieux conservateurs. Ensuite il semble indéniable que Monsieur Apaire a déjà quelque peu évolué sur ses appréciations concernant la réduction des risques depuis son entrée en fonction. Il nous a ainsi déclaré être prêt à financer la traduction en français des séances de la 19ème conférence Internationale de réduction des risques prévue à Barcelone en mai 2008. Ces deux considérations nous ont amené à penser que nous partions d’encore plus loin, et que peut-être, tout espoir n’est pas mort de reprendre cette collaboration politique tellement souhaitable entre l’une des seules associations d’usagers de drogues (ou de traitements) au monde et l’organisme officiel chargés de gérer les conséquences humaines de ces consommations en France.
Source : ASUD
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Mots-clés : addiction, conférence, consommation, drogues, france, interdiction, loi, lutte, mildt, parents, politique, projet, réduction des risques, sida, soins, substitution, thérapie, toxicomanie, Traitement, travail, usagers
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[…] Fabrice Olivet, le directeur d’ASUD national nous livre un résumé de la rencontre qu’il a eu avec Étienne Apaire le 19 octobre 2007. (voir revue de presse du 22.11.) […]