La réduction des risques tient le cap – mais n’est pas encore à destination


En résumé, la 18e Conférence internationale sur la réduction des risques qui s’est tenue à Varsovie a délivré une image positive de l’évolution du travail de réduction des risques à l’échelle internationale.

Les programmes visant une amélioration de la situation médicale, sociale et juridique des personnes consommatrices de drogues sont désormais bien implantés – toutefois l’intégration complète de la réduction des risques dans la politique en matière de drogue de tous les pays est encore loin d’être réalité. Quelque 1200 participants, membres de 580 institutions et venus de 82 pays se sont réunis à Varsovie du 13 au 17 mai 2007 pour assister à la 18e Conférence internationale sur la réduction des risques. Le congrès, organisé par l’International Harm Reduction Association IHRA, a voulu, cette année, tirer une sorte de bilan après 20 ans d’activité internationale.

A la fois plus différencié et plus global

Il est désormais incontestable que la réduction des risques a dépassé le stade des balbutiements. Plusieurs indices le prouvent comme, entre autres, la reconnaissance de la nécessité d’adopter des mesures spécifiques aux groupes cibles. Ces groupes cibles peuvent être des groupes ethniques, des détenus, des jeunes, des sans-abri ou des travailleurs du sexe. Si, dans le passé, les mesures se limitaient pour l’essentiel à la prévention du VIH/sida, les efforts aujourd’hui se sont nettement élargis. D’autres maladies, comme l’hépatite, la tuberculose ou le paludisme, mais aussi des risques sociaux et juridiques comme la stigmatisation, la discrimination ou l’absence de logement font l’objet d’une attention accrue. De plus, la réduction des risques ne se restreint plus, désormais, aux seules drogues illégales, mais inclut également l’alcool et la nicotine.

Réduction des risques : un droit humain

Gerry Stimson, directeur de l’IHRA, a souligné, lors de la conférence, les principes élevés de la réduction des risques qui s’appuient sur les droits humains à la vie, à la sécurité et aux soins médicaux. Toutefois, cette conception ne fait pas l’unanimité partout dans le monde; hormis dans les pays de l’AELE, au Canada et en Australie, la réduction des risques ne s’est pas encore imposée comme partie intégrante de la politique en matière de drogue. Les raisons à cela peuvent être aussi bien de nature politique ou juridique que sociale. En Russie par exemple, la remise de méthadone est toujours interdite. Dans de nombreux pays, les délits de drogue sont toujours passibles de la peine de mort. Des acteurs importants aux Etats-Unis et au Japon continuent de militer, lors de congrès internationaux, contre les activités visant à réduire les risques. Dans de nombreux pays, le ressentiment de la population civile entrave un travail efficace. A l’opposé, des nouvelles réjouissantes arrivent de nombreux pays d’Asie qui ont réagi à l’avancée des épidémies de VIH/sida par des programmes appropriés. En revanche, l’Afrique est toujours la lanterne rouge – essentiellement par manque de moyens financiers. En Amérique du Sud, le Brésil fournit un travail de pionnier; d’autres pays ne peuvent ou ne veulent pas encore s’associer à ce mouvement.

Engagement de la Suisse bienvenu

L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a apporté, lors de la conférence de Varsovie, une contribution à la session «Harm Reduction Timelines», qui faisait le point sur l’évolution de la réduction des risques en Suisse, en Iran, en Russie et en Indonésie. Cette session constituait une exception dans la mesure où les exemples qui y étaient présentés émanaient de régions non anglophones. L’activité de la Suisse a rencontré un écho des plus positifs. La Suisse veut davantage s’impliquer dans les événements de ce type et, notamment, faire part de ses longues expériences avec les locaux de consommation, le traitement assisté à l’héroïne et le monitoring de ses activités.

Une activité qui date des années 80 déjà

A la fin des années 80, une idée faisait déjà son chemin en Suisse, face à la situation précaire qui régnait sur la scène de la drogue: les personnes toxicodépendantes peuvent aussi recourir à un soutien social et médical si elles ne sont pas mesure de renoncer à la consommation de drogues illégales. Aujourd’hui, la Suisse dispose d’un réseau d’antennes de contact et d’accueil bien établi ainsi que d’une offre complète en prestations, comme la remise de seringues et de préservatifs stériles ou la création de locaux de consommation. Ces offres à bas seuil visent à réduire les risques de la consommation de drogue et à ouvrir aux toxicomanes une voie vers une stabilisation de leur état de santé et une intégration sociale.

Source : Spectra n°65, novembre 2007

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