Genève traque l’abus d’alcool par les jeunes


La beuverie sauvage est un rite dans le vent: chaque semaine, un adolescent est admis aux Urgences pédiatriques en état de coma éthylique. Reportage au rayon picole des supermarchés.

Le cocktail est à maints égards détonant. Il s’agit d’avaler, dans des temps records, bières, alcopops ou autre vodka pour atteindre le nirvana alcoolique. Le binge drinking, inspiré d’une pratique scandinave et qui essaime dans toute l’Europe, n’épargne plus Genève. Ainsi, chaque semaine, un jeune de moins de seize ans est admis à l’Hôpital cantonal dans un état comateux. Face à cette déferlante alcoolique, les autorités sanitaires et éducatives tentent de limiter les dégâts.

Action multicibles

A l’avant-veille du grand raout estudiantin organisé pour l’Escalade, le Département de l’instruction publique ouvre le bal. Un courrier circonstancié a été adressé aux parents des élèves du post-obligatoire pour les sensibiliser aux dangers liés à la consommation intensive d’alcool. Et rappeler par la même occasion que les responsables d’établissements scolaires peuvent interdire la célébration de l’Escalade collégienne en cas de débordement.

Tandis que Monica Bonfanti, cheffe de la police et les directions de l’Office et du Groupement de prévention jeunesse ont cosigné une missive envoyée aux commerçants, les invitant fermement à vérifier l’âge de leur clientèle. Consigne que les dits négociants ont intérêt à appliquer. Les forces de l’ordre vont, ces prochains jours en effet, multiplier les contrôles.

Péril éthylique

Si la Genève préventive a décidé de mener la traque à l’alcool, c’est qu’il y a péril. Le Dr Jean-Dominique Lormand, directeur du Service de santé de la jeunesse atteste que l’alcool est lié aux deux premières causes de mortalité chez les jeunes gens, à savoir le suicide et les accidents de la circulation. Dangers auxquels s’ajoutent les ravages qui s’opèrent lentement et directement sur les vulnérables organismes des teenagers. Et les risques comportementaux générés, comme la violence, y compris sexuelle.

La faute à qui?

La législation tente tant bien que mal de contenir les élans alcooliques postpubères. Il n’empêche, avaler des boissons aux saveurs exotiques ou brut de pomme est en voie de banalisation.

Toutes les enquêtes menées par des instituts helvétiques comme l’ISPA (Institut suisse de prévention de l’alcool et autres toxicomanies) ou européens convergent. Plus de 75% des moins de 15 ans confessent avoir ingurgité de l’alcool dans les trente jours écoulés. Et sans modération pour près d’un tiers qui avait au moins bu cinq verres consécutifs.

La «binge drinking attitude», qui s’est à Genève répandue comme une traînée de poudre, ne se limite pas à quelques célébrations annuelles. Un nombre croissant de jeunes gens se livrent à ces bacchanales contemporaines tous les week-ends. Et si possible en public, moins par esprit de provocation que par méconnaissance du caractère toxique du breuvage.

Anges gardiens

Pourtant, avant même que les pouvoirs publics ne sonnent la cavalerie, la Fédération genevoise de prévention de l’alcoolisme avait initié un programme. «Be my angel tonight» - en anglais dans le texte - fonctionne sur le principe des grands frères. Autrement dit, il s’agit de jeunes gens chargés d’effectuer la tournée des grands ducs afin d’encourager les juvéniles fêtards à ne pas lever le coude. On ignore toutefois si cette campagne commence à porter quelques fruits.

Source : Tribune de Genève

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