Un lien entre suicides et addictions


Étrange paradoxe : le décès par suicide reste fortement associé à l’adolescence, alors que chez les jeunes de quinze à vingt-quatre ans, les suicides ont baissé de 41 % depuis 1993. Mais du côté des adultes âgés de trente à cinquante-neuf ans, ce nombre ne cesse d’augmenter, 6 500 sur les 10 713 suicides constatés en 2005. Et si les comportements suicidaires restent difficiles à appréhender et complexes à prévenir, il est un point sur lequel les professionnels souhaitent attirer l’attention cette année, c’est le lien, souvent constaté, entre le suicide et une addiction, thème choisi aujourd’hui pour les 12es Journées nationales pour la prévention du suicide.

Il est désormais admis que des personnes dépendantes à l’alcool, mais aussi à des médicaments, sont plus exposées au risque suicidaire. « Les produits psychoactifs, comme l’le cannabis, ont un effet direct sur l’acte suicidaire : dans un premier temps, ils provoquent une levée du contrôle de soi. Le consommateur relâche son attention et s’habitue à être constamment sous l’emprise de la substance. Dans un deuxième temps, les produits engendrent une désinhibition du consommateur favorisant ainsi son passage à l’acte suicidaire », indique l’Union nationale pour la prévention du suicide (UNPS).

L’utilisation de drogues à des fins de performance au travail est également pointée cette année car « l’effet chimique des produits psychoactifs reste encore mal connu, c’est pourquoi il faut continuer la recherche », affirme Michel Debout, président de l’UNPS. Des recherches américaines ont justement démontré que la moitié des suicides masculins se font sous l’emprise de l’alcool. Des professionnels de l’addiction et de la prévention du suicide insistent sur la nécessité de mieux étudier le lien entre les deux phénomènes.

« L’évolution de la société, qui fait la part belle à l’individu au détriment de la communauté, constitue un premier facteur de risque. Elle fait endosser à l’individu une quantité croissante de responsabilités, sans qu’il puisse s’appuyer sur la communauté pour les assumer », précise l’UNPS. Recherche permanente de performance dans le couple, dans la famille, dans la vie professionnelle… « Pour faire face à ces contraintes, certaines personnes ont recours à une pratique proche du dopage sportif », estime Michel Debout. La consommation de substances peut agir comme un facteur aggravant du suicide.

Source : L’Humanité

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