AP | 02.04.2008 | 16:43
L’abacavir, un médicament antirétroviral utilisé fréquemment contre le SIDA, semble pratiquement doubler le risque de crises cardiaques, selon une étude européenne publiée sur le site Internet de la revue “The Lancet”.
Vendu sous la marque Ziagen, l’abacavir est fabriqué par le groupe pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline. Lors de l’étude, les chercheurs ont également établi qu’un autre médicament anti-SIDA moins répandu, la didanosine, commercialisée sous le nom de Videx et produite par Bristol-Meyers Squibb, augmentait aussi les risques de crises cardiaques d’environ 50%.
Les experts soulignent que les médecins devraient être conscients des risques accrus, mais ils ne recommandent pas pour autant de renoncer à ces traitements. “Ces antirétroviraux sont merveilleux et sauvent des vies, mais présentent effectivement des problèmes de toxicité”, explique le Dr Charlie Gilks, de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Une équipe dirigée par Jens Lundgren, de l’université de Copenhague, a analysé des données portant sur 33.000 personnes vivant avec le VIH, le virus du SIDA, en Europe, aux Etats-Unis et en Australie. Les patients ont été enrôlés dans l’étude de 1999 à 2005, les chercheurs étudiant leurs éventuels problèmes cardiaques jusqu’en février 2007.
Sur les 517 patients qui ont été victimes de crises cardiaques, 124 avaient pris de la didanosine et 192 de l’abacavir. L’étude a montré que ceux qui prenaient l’un des deux médicaments couraient deux fois plus de risques d’avoir un infarctus du myocarde que ceux à qui l’on avait prescrit d’autres antirétroviraux. Une augmentation des risques qui disparaît toutefois six mois après l’arrêt du traitement.
L’étude, financée par l’Agence européenne pour l’évaluation des médicaments (EMEA), pourrait influer sur la manière dont les malades du SIDA sont soignés. L’abacavir et la didanosine sont actuellement recommandés par l’OMS pour les personnes séropositives.
“Dans les pays développés, les médecins peuvent choisir entre 24 antirétroviraux différents si l’un d’eux ne convient pas, mais dans les pays pauvres, ce n’est pas aussi simple”, souligne le Dr Gilks. “L’OMS devra réexaminer les implications probables de l’usage de ces médicaments à grande échelle et (se demander) si l’on doit envisager des solutions alternatives.”
GlaxoSmithKline a réagi en affirmant que l’analyse de sa propre base de données portant sur 14.600 patients séropositifs ne montrait “aucun risque accru”. Sa porte-parole Gwenan White a qualifié la nouvelle étude de “peu concluante”.
Selon l’étude, les patients déjà vulnérables aux problèmes cardiaques, comme les fumeurs et les obèses, courent les risques les plus élevés. Les crises cardiaques ne semblent pas provoquer une mortalité plus grande chez les personnes infectées par le VIH que dans le reste de la population. Mais selon certains médecins, une personne séropositive qui subit un infarctus du myocarde a plus de risques que les autres d’en être à nouveau victime par la suite.
Le Dr Gilks, qui n’a pas participé à l’étude, juge nécessaire d’en savoir plus sur l’action des deux médicaments dans l’organisme, en particulier chez les enfants. Alors que les antirétroviraux permettent de prolonger l’espérance de vie des personnes séropositives, les experts estiment que l’on pourrait découvrir à l’avenir d’autres effets secondaires de ces traitements. “Aucun médicament n’est sans risque”, explique M. Lundgren. “Pour tous les patients, la question est de trouver le bon équilibre.” AP
Source: www.nouvelobs.com
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