Parler avec les jeunes leur évite des cuites


Une étude met en évidence l’efficacité d’un bref entretien pour aider les jeunes à stopper leur consommation à risque.

Alcool, tabac, cannabis, les habitudes de plus de 3200 jeunes romands ont été passées à la loupe. Ils ont participé l’an dernier à une étude unique en Europe, menée par le CHUV lors du recrutement pour l’armée, au centre romand basé à Lausanne. L’équipe de chercheurs ne s’est pas contentée de connaître les pratiques des jeunes hommes de 19 ans, mais aussi de tester sur certains l’efficacité d’une stratégie de prévention.

Des volontaires ont répondu à une batterie de questions centrées sur l’alcool, avant de suivre un entretien de vingt minutes avec un psychologue. Un autre groupe, n’a quant à lui, pas participé au test afin d’établir une comparaison. Six mois plus tard, nouveau bilan. Et là, surprise, 15% des volontaires ont assuré ne plus prendre de cuite, contre 9% pour le groupe non suivi. «Le résultat n’est peut-être pas gigantesque, mais cela peut avoir un impact important en termes de santé publique. En intervenant à cet âge-clé, on peut faire gagner des années de vie sans maladie. Et il n’a suffi que de 20 minutes d’entretien!» se réjouit l’un des initiateurs du projet, le Dr Jean-Bernard Daeppen, du Centre de traitement en alcoologie. Tout est dans la méthode employée, non moralisatrice. «Nous savons que la menace ne marche pas. Au cours de l’entretien, nous avons pris en considération des aspects positifs de la consommation du jeune homme et abordé ce qui le dérangeait. C’est lui qui a trouvé la solution, pas l’intervenant.» Cette procédure, testée dans le cadre de l’armée, pourrait être développée dans des structures scolaires, espère le spécialiste.

Le projet mené par le CHUV présente aussi une «photographie» des comportements. Les premières tendances révèlent que 53% des jeunes de 19 ans se prennent des cuites chaque mois, 36% fument comme des pompiers et 16% tirent sur un joint plus de deux fois par semaine. Des chiffres qui confirment qu’à cet âge, nombreux sont ceux qui consomment jusqu’à l’excès. Autre résultat inquiétant: le cumul des consommations à risque. Ainsi, la quasi-totalité des gros fumeurs de cannabis se gavent d’une autre substance (alcool ou tabac) et les deux tiers se prennent la totale. Des mélanges explosifs qui renforcent les risques sur la santé.

Source: Le Matin Dimanche, Sophie Roselli - le 05 avril 2008, 23h53

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