L’action de Moutinot contre les drogués est contestée


DÉLINQUANCE | 00h05 Le projet du magistrat est vivement critiqué par les spécialistes des addictions.

D’ici à la fin de l’année, les consommateurs de drogue devront se faire encore plus discrets. Le conseiller d’Etat en charge des Institutions, Laurent Moutinot, a annoncé au Matin dimanche sa ferme intention de s’en prendre désormais également aux clients des dealers. Son objectif: dissuader ces consommateurs et appliquer plus fidèlement la loi sur les stupéfiants. Un projet vivement critiqué par les spécialistes des addictions.

Problème d’ordre public

Pour le conseiller d’Etat, l’heure est à la résolution d’un véritable problème d’ordre public. «Il n’est pas question de courir après le petit fumeur de joints», précise Laurent Moutinot. «Mais comme nous n’arrivons pas à faire peur aux vendeurs, il s’agit de dissuader leurs clients. Je suis sûr que le consommateur réfléchirait à deux fois avant d’aller se ravitailler au Jardin anglais, s’il savait qu’il pouvait être identifié.»

Ce projet est jugé «effarant» par le GREA, l’association romande des professionnels du domaine des addictions. «La logique de Monsieur Moutinot avait cours dans les années 70!» Jean-Félix Savary, secrétaire général du GREA, est «atterré» par les déclarations du conseiller d’Etat: «Tous les professionnels du domaine s’accordent à dire que la répression auprès des consommateurs engendre plus de problèmes qu’elle n’en résout.» Cette méthode aurait même tendance à aggraver certaines situations. «Les toxicomanes ne reculent parfois même pas devant la menace de la mort», ajoute Jean-Félix Savary. «A la limite, cette technique peut dissuader les petits consommateurs, occasionnels et festifs. Mais cela va marginaliser les situations plus problématiques. Il faut donc privilégier la thérapie et la prévention, d’autant plus que 80% cas de dénonciations concernent des personnes de moins de 35 ans. Au niveau du trafic, les dealers vont probablement augmenter leurs prix et couper davantage la drogue avec d’autres produits pour rentabiliser leurs pertes. Ce qui va nuire à la santé des consommateurs…»

Pour régler le problème du trafic de stupéfiants, «véritable scène ouverte à Genève», le conseiller d’Etat mise donc sur une moins grande tolérance à l’égard du consommateur. A l’aide de contraventions et de contrôles: selon la loi fédérale sur les stupéfiants, l’usager risque une amende pouvant aller jusqu’à 10 000 francs et la confiscation de sa drogue. Voire des jours-amende, s’il tarde à payer sa contravention. Mais dans la pratique, peu sont punis. «Il existe des dizaines de milliers d’usagers, et seulement quelques contraventions par an… Les sanctions sont bien marginales comparées au nombre de consommateurs», estime Laurent Moutinot. Un fait que constate un avocat de la place. «Il y a très peu de condamnations. D’autant plus que la loi fédérale permet de renoncer à infliger une peine dans les cas les plus bénins.»

Mais au sein du GREA, on réfute ces arguments. «Genève est le deuxième canton de Suisse le plus restrictif, après le Valais, notamment en matière de cannabis», explique Jean-Félix Savary. «On ne peut pas parler de tolérance.»

Source: La Tribune de Genève

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