Drogue: «On va dans le mur»
LUTTE - Laurent Moutinot veut que les consommateurs soient amendés. Annie Mino, ex-directrice de
Après avoir annoncé que la police devrait désormais traquer les consommateurs de drogue en les amendant de façon plus systématique, le conseiller d’Etat Laurent Moutinot a nuancé ses propos. Seuls les clients «récréatifs» –ou occasionnels– seraient visés. De la police aux milieux de la santé, tout le monde a été surpris et peu ont goûté ces déclarations. Annie Mino, médecin cheffe à la division «abus de substances» de l’Hôpital cantonal de 1981 à
Amender les acheteurs dits «récréatifs» pour faire baisser la demande, et ainsi l’offre: l’idée de Laurent Moutinot est-elle bonne?
Elle a été maintes fois débattue et testée. Les résultats n’ont jamais été probants. Le seul changement observé est que le marché se réorganise de façon plus cachée. Le deal –il s’agit aujourd’hui toujours plus de cocaïne– va se déplacer de la rue vers des espaces privés. En criminalisant les consommateurs, on empêche donc le travail de prévention et thérapeutique. En fait, tout dépend de l’objectif visé. S’agit-il de nettoyer les rues –cela semble la mode à Genève– ou de porter atteinte au trafic?
Dans les quartiers des Eaux-Vives et des Pâquis, on se plaint des nuisances et de l’insécurité occasionnées par le trafic de drogue. Comment lutter contre cela?
Il n’y a pas de politique miracle. Aucun pays, même les plus répressifs comme les Etats-Unis, n’est parvenu à faire disparaître la drogue, qui existera toujours tant que l’homme recherchera des paradis artificiels. Ceci dit, Genève a mis en place une politique inédite de concertation. Elle a fait le tour de la planète, mais n’a malheureusement plus cours. Une commission mixte regroupant tous les milieux concernés –santé, police, procureur, éducateurs et représentants des familles– se réunissait régulièrement pour élaborer des projets. Elle les transmettait au ministre de
Mais elle a fait son temps, dites-vous?
Oui. Surtout, il n’y a plus de capitaine au Conseil d’Etat. Même si les indicateurs épidémiologiques (sida, hépatite, overdoses) restent bons, le conseiller d’Etat en charge de
En «nettoyant» la gare,
Absolument. La police le sait, tout le monde le sait. On voit là les limites de la répression. Car tant que la drogue engendrera un marché aussi lucratif et puissant, on sera réduit à contrôler ce problème de la moins mauvaise manière. Derrière les petits dealers à Genève, qu’on remplace comme les soldats dans une armée, il y a de sacrés caïmans.
Comment s’en sortir?
Tant qu’on n’aura pas le courage de reposer la question désormais taboue de l’illégalité des drogues, ce problème ne pourra pas être mieux résolu. I
Paru le Mercredi 23 Avril 2008
PROPOS RECUEILLIS PAR RACHAD ARMANIOS
Source: Le Courrier
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