Une doctrine arrêtée sans concertation


Même Daniel Zappelli, procureur général tout à la joie de sa réélection de dimanche, s’est fendu d’une pique en direction de Laurent Moutinot: «Plutôt que d’amender les consommateurs, je préfère emprisonner les dealers.» Dont acte.
Les déclarations de Laurent Moutinot, chef du Département des institutions, ont provoqué quelques remous au sein des associations en charge de la politique sanitaire de la drogue. En proposant d’amender les usagers de drogues récréatives, comme il l’a fait dans la presse dominicale, le magistrat rompt avec une pratique élaborée en partenariat avec ces milieux.
Ce virage à 180 degrés n’a en tout cas pas fait l’objet d’une concertation avec le monde politique. Les députés membres de la commission de la santé disent au mieux avoir appris la nouvelle en lisant les affichettes de la presse dominicale; au pire, ils avouent «tomber des nues», à l’instar d’Ariane Wisard-Blum, députée verte.
Sa collègue Lydia Schneider Hausser, députée socialiste, est tout aussi surprise. Elle estime que ces propos «ne riment à rien. On ne va rien résoudre de la sorte.» Egalement active au sein de l’association de prévention et de prise en charge sanitaire de la problématique de la drogue Première ligne, elle observe que ce genre de politique ne revient qu’à s’attaquer aux personnes les plus faibles de ce marché. Les consommateurs aisés qui prennent de la coke parce que c’est branché se font livrer à domicile, ils échappent à ce type de répression. «Il faut une complémentarité. Les riverains qui peuvent être affectés par le trafic de drogue doivent pouvoir s’adresser à un interlocuteur du type Première ligne», souligne-t-elle. Lorsqu’une allée est utilisée pour se piquer, par exemple, les travailleurs sociaux avertis viennent tout de suite pour calmer le jeu. «Cette médiation n’est plus possible avec la politique de répression prônée depuis quelques jours.»
A droite, seul le Parti libéral applaudit, par la voix de Nathalie Fontanet, membre également de la commission de la santé, qui réagit en juriste: «J’ai envie de dire que, enfin, le magistrat en charge du dossier fait respecter le droit.»
Son collègue démocrate-chrétien Didier Bonny est plus prudent: «J’attends d’entendre les propos de M. Moutinot de vive voix.» Lui aussi a été informé de ce revirement par la presse.

Philippe Bach

Source: Le Courrier

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