«Les médecins doivent refuser de faire des tests anticannabis»


DROGUE | 01h43 Pour les spécialistes des addictions, le dépistage en milieu scolaire bafoue toute déontologie.

En se prononçant mardi dernier pour des tests de dépistage des fumeurs de cannabis dans les écoles publiques, le Grand Conseil vaudois a lancé une bombe. Sa décision va à l’encontre de toutes les prises de position, médicales et éthiques, des spécialistes de la prévention. Membre du comité de la Société suisse de médecine de l’addiction (SSAM), le Dr Olivier Simon le rappelle.

Que pensez-vous de ce vote?

Comme tout le réseau des professionnels qui s’occupent de dépendances, j’oscille entre surprise et consternation. On savait qu’un processus était enclenché, mais on ne pensait pas qu’il pouvait y avoir une majorité en sa faveur. La SSAM va publier une prise de position, étayée sur des réflexions très complètement argumentées du Conseil de l’Europe, et rappelant son opposition aux tests de dépistage.

Pourquoi?

Les problèmes sont multiples. Il y a d’abord un problème de droit supérieur, notamment en regard du respect de la sphère privée et de la proportionnalité. Il n’y a par ailleurs aucune preuve scientifique de l’efficacité des tests en matière de prévention. Ils semblent plutôt un danger par rapport à l’accès aux soins.

Pour vous, les tests sont contre-indiqués?

Oui. La SSAM est totalement opposée aux tests en milieu scolaire, qu’ils soient systématiques ou au cas par cas, ce qui pose en réalité sensiblement les mêmes problèmes.

Est-ce à dire qu’éthiquement un médecin ne devrait pas les faire?

Plusieurs sociétés médicales ont déjà eu l’occasion de se prononcer explicitement à ce sujet. Notamment l’Association des médecins de Genève qui a estimé ce type de pratique tout à fait condamnable sur le plan de la déontologie professionnelle, et pouvant pleinement motiver la saisie des instances disciplinaires des médecins.

Mais des écoles privées y ont recours?

Nous savions que certaines écoles qui s’y étaient lancées avaient fait marche arrière. Pour les écoles vaudoises (ndlr: 24 heures du 24 avril), nous n’en avions pas connaissance. Nous allons poser les questions nécessaires pour clarifier les démarches déontologiques. La SSAM recommande clairement aux médecins de refuser de procéder à ces tests hors du cadre clinique ou judiciaire. Les indications sont très limitées, elles excluent tout usage préventif ou dans un but de confrontation.

Est-ce un point de vue national, ou plus large?

On peut parler d’un accord très solide des intervenants en dépendance à ce niveau. Organe intergouvernemental intégré au Conseil de l’Europe, le Groupe Pompidou a élaboré une recommandation qui couvre une série d’arguments éthiques, et fait consensus parmi les experts européens.

Le Grand Conseil signe-t-il une «première» avec ce vote?

Pas à proprement parler. La pratique a existé, notamment dans certains pays anglo-saxons, très rarement dans des écoles publiques, la plupart du temps dans des structures privées. Aucune enquête n’a jamais pu établir que ce fut concluant.

Il faut quand même agir contre le cannabis?

Bien sûr. L’école ne doit pas hésiter en cas de doute à recommander très fermement la consultation auprès des structures médicales adéquates (infirmières scolaires, etc.). Le professionnel consulté sera évidemment lié par la confidentialité, et le dialogue nécessaire avec l’élève et son entourage, sans mélanger les casquettes d’autorité scolaire, d’autorité judiciaire et de service de santé, pourra s’engager.

Qu’espérez-vous maintenant du pouvoir vaudois?

Si l’on considère que la motion n’était pas une réponse, mais avant tout une question, très maladroitement formulée, nous serions heureux que la réponse apportée par le gouvernement vaudois oublie la question des tests, et prévoie le renforcement des équipes multidisciplinaires adéquates, dont devraient disposer tous les établissements d’enseignement.

Source: 24 Heures

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