Eaux-vives: Laurent Moutinot veut casser le marché de la drogue


STUPS | 00h00 La police mettra aussi la pression sur les acheteurs. Objectif: disperser une scène ouverte qui dérange.

Pour casser le marché de la drogue qui sévit aux Eaux-Vives, le socialiste Laurent Moutinot demande aux forces de l’ordre de mener des opérations sur le terrain pour dissuader les acheteurs, en particulier les «touristes de la drogue», de venir s’approvisionner. Le conseiller d’Etat assure pourtant qu’il reste un fervent partisan de la politique des quatre piliers en matière de lutte contre la toxicomanie: prévention, traitement, réduction des dommages, répression.

Laurent Moutinot, pourquoi avoir créé cette polémique en annonçant dans «Le Matin dimanche» que la police allait s’en prendre aux consommateurs?

Ces propos doivent être recadrés pour être compris. Nous avons aux Eaux-Vives un gros problème de scène ouverte qui empoisonne la vie de ce quartier. Il est par conséquent de mon devoir de trouver une solution. Or, ce que la task force drogue avait très bien réussi à Cornavin en harcelant les vendeurs de drogue ne fonctionne pas aux Eaux-Vives.

Et pourquoi cela?

Parce que nous sommes en présence d’une population de dealers très différente. Ces gens, environ deux cents personnes, ont moins peur de la police, commettent parfois des délits plus graves et sont, pour la plupart, impossibles à refouler hors du territoire; faute d’accords de réadmission avec leurs Etats d’origine ou parce qu’ils n’ont pas de titre de voyage.

La police ne peut-elle rien faire?

Elle fait son travail, mais l’impact sur le marché, qui concerne principalement le haschich et la cocaïne, n’est pas suffisant. Aux Eaux-Vives, on nous dit que le trafic recommence à peine les policiers ont-ils tourné la tête. Il faut donc changer la donne en agissant également sur la demande.

De quelle manière?

Je précise bien qu’il ne s’agit pas de faire la chasse aux toxicomanes. En revanche, une part non négligeable des acheteurs vient de l’extérieur de nos frontières. C’est contre ce tourisme de la drogue que doivent se concentrer les opérations de police, principalement par des amendes. Ces dernières années, le centre-ville est devenu la plaque tournante du trafic pour toute la région. Il faut croire que la globalisation touche également ce secteur.

Mais comment allez-vous différencier les acheteurs «étrangers» des «indigènes»?

Les acheteurs de l’extérieur viennent souvent faire leurs emplettes en voiture. Et selon une note que m’a fournie la police, ils constitueraient une partie assez importante des clients.

Quand commenceront les opérations?

Ces prochains mois. Nous devons au préalable en parler avec nos voisins français. Nous avons d’excellents contacts avec eux et il est normal qu’ils soient tenus au courant d’opérations susceptibles de concerner quelques-uns de leurs résidants.

Avez-vous été surpris par les réactions qu’a suscitées l’annonce de ces opérations?

J’en ai reçu directement assez peu. Une fois de plus, il s’agit d’opérations ciblées pour tenter de casser un marché. Nous essayons quelque chose de différent car nous ne pouvons laisser aller les choses. Il en va de la tranquillité de tout un quartier. Mais si quelqu’un a une meilleure solution à me proposer, je suis preneur.

Selon vous, il n’y en a pas d’autre?

L’autre solution serait de légaliser, d’autoriser la vente des produits en les contrôlant. Cela poserait évidemment d’autres problèmes, mais le marché noir, lui, disparaîtrait forcément. Et avec lui les dealers.

Source: La Tribune de Genève

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