Il n’y a vraiment plus d’âge pour se droguer


Les ados n’ont pas l’exclusivité de l’usage de drogues. Selon une étude récente, cannabis, cocaïne et psychotropes sont utilisés par de plus en plus de quadras ou de quinquas. Certains sont de très anciens usagers, d’autres s’y mettent sur le tard, pour vaincre le stress.

LES SUBSTANCES illicites ne séduisent plus seulement les jeunes. Phénomène négligé, selon le dernier rapport de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, l’usage de stupéfiants est de plus en plus répandu chez les plus de 40 ans. Pour l’OEDT, les prévisions pour les années à venir sont même inquiétantes.

« Selon les estimations, le nombre de personnes âgées connaissant un problème de prise de substances ou nécessitant un traitement des troubles liés à l’abus de ces dernières devrait plus que doubler entre 2001 et 2020 », écrivent les auteurs du rapport. Pour l’instant, la consommation de drogues reste moins fréquente chez les adultes que chez les jeunes. Toutefois, le pourcentage de patients âgés de plus de 40 ans traités pour une dépendance aux opiacés a doublé entre 2002 et 2005, passant de 8,6 % à 17,6 %.

Encore plus nocif

Aux Etats-Unis, des estimations indiquent que le nombre de personnes de plus de 50 ans nécessitant un traitement médical pour une addiction aux stupéfiants pourrait connaître une hausse de 300 % entre 2001 et 2020. « Les programmes qui, habituellement, traitent essentiellement des populations jeunes vont devoir s’adapter aux besoins de cette catégorie plus âgée », commente Wolfgang Götz, directeur de l’OEDT.

Au centre médical Marmottan, établissement parisien spécialisé dans le soin aux toxicomanes, cette étude n’étonne personne. « C’est vrai, la population que nous voyons en consultation est de plus en plus vieillissante », confirme le docteur Dan Velea. Mais qui sont ces adultes amateurs de substances illicites ? « Il y a les anciens babas cool qui, depuis qu’ils ont commencé dans les années 1970, ne se sont jamais arrêtés. Et puis il y a les consommateurs qui s’y sont mis sur le tard, pour des raisons souvent liées au travail ou à des problèmes sociaux », poursuit le spécialiste. Trop de pression, chômage, deuil ou encore solitude à la suite d’un divorce… L’usage des stupéfiants chez les adultes est beaucoup moins festif que chez les jeunes. « Ils se droguent pour oublier leurs soucis, pour se détendre, pour rendre la vie plus douce. Souvent, ils y associent l’alcool », continue Dan Velea. Les drogues que les adultes plébiscitent sont aussi variées que celles que consomment leurs enfants (cannabis, cocaïne). Ils ont cependant une spécificité : les médicaments. « Certains adultes détournent des ordonnances, souvent des antidépresseurs », confirme le médecin.

Si la consommation de drogue est nocive chez les jeunes, elle peut l’être encore plus chez les seniors. Avec le temps, certaines substances ont des effets néfastes. Les adultes métabolisent les drogues plus lentement et mettent donc plus de temps à les éliminer de leur corps. Le cannabis, par exemple, dont la substance active est aujourd’hui beaucoup plus puissante que dans les années 1970, est soupçonné d’entraîner une prise de poids et des troubles psychologiques comme la misanthropie ou la paranoïa. De même, la consommation prolongée de cocaïne peut provoquer de graves saignements de nez et des descentes terribles. « Sans parler des troubles sexuels ou encore des violences conjugales… D’ailleurs ce sont souvent ces derniers qui amènent les adultes à consulter », conclut le spécialiste.

Source : Le Parisien

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