Ottawa portera en appel la décision sur les lieux de piquerie surpervisés
OTTAWA — Le gouvernement de Stephen Harper a annoncé jeudi qu’il portera en appel la décision de la Cour suprême de la Colombie-Britannique sur les lieux de piquerie supervisés.
La décision de la Cour invalide les lois interdisant la possession et le trafic de drogues aux individus qui vont chercher une aide dans des endroits comme celui de Vancouver, situé dans le quartier Downtown Eastside.
Le ministre fédéral de la Santé, Tony Clement, a informé le comité de la santé de la Chambre des communes qu’il demandera au ministre de la Justice Rob Nicholson de faire appel de la décision.
Le jugement autorise l’ouverture de la piquerie supervisée au moins jusqu’au 30 juin 2009.
L’établissement a d’abord été lancé comme projet pilote et fonctionne en vertu de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances.
La dernière exemption devait prendre fin le 30 juin prochain.
Tony Clement affirme que les preuves scientifiques justifiant l’existence de l’établissement sont incertaines et que peu de toxicomanes y ont réellement recours.
M. Clement a indiqué que le gouvernement s’opposait au maintien des exemptions fédérales accordées à la piquerie supervisée de Vancouver.
“Nous avons évalué la preuve scientifique et analysé les politiques publiques, a soutenu le ministre. Les avis scientifiques sont partagés sur Insite, mais en termes de politiques publiques, le constat est clair. La meilleure chose à faire est de traiter les gens et de faire de la prévention pour que ces personnes ne sombrent jamais dans la consommation de drogues.”
Le site Insite de Vancouver permet aux personnes dépendantes d’amener leur propre drogue pour procéder à une injection sous la supervision de personnel médical.
Un récent rapport d’un comité d’experts mandaté par le gouvernement a révélé que l’endroit accueillait environ 600 utilisateurs de drogues chaque jour, 80 pour cent d’entre eux nécessitant des injections.
Des études ont conclu que le programme de piquerie supervisée minimisait la souffrance des consommateurs, réduisait la propagation de maladies et dirigeait les personnes dépendantes vers des programmes de réhabilitation, tout en réduisant les coûts en santé et en sécurité pour le gouvernement.
Le programme a plusieurs partisans, incluant le maire de la ville et le chef de police. Ces derniers soutiennent que le site Insite sauve des vies, encourage la participation à des programmes de désintoxication et n’a pas entraîné une augmentation de la criminalité dans le secteur.
Les opposants, néanmoins, font valoir que le site encourage la consommation de drogue en incitant à la dépendance.
Le ministre Tony Clement a cité des parties du rapport du comité d’experts portant sur l’impact négligeable sur le taux de criminalité pour suggérer que le site sauvait à peine une vie par année.
Il n’a toutefois pas mentionné que les experts avaient souligné avoir recueilli des données limitées sur la fréquence des injections, sur l’échange de seringues et quelques autres éléments clés de l’équation.
L’infirmière et directrice de la Portland Hotel Society à Vancouver, l’organisme qui administre le centre Insite, Liz Evans, a soutenu que le rapport faisait erreur en parlant d’une vie sauvée par année. “Nous voyons des gens en overdose sur une base constante et ils sont ressuscités, a confié Mme Evans. Si ces injections avaient été faites dans des fonds de cour, ces gens auraient pu y passer. Il n’y aurait pas eu d’infirmière pour les aider.”
Le ministre de la Santé de la Colombie-Britannique, George Abbott, a souligné que le site de piquerie supervisé n’avait jamais eu la prétention de résoudre tous les problèmes reliés à la dépendance aux drogues.
“Je ne pense pas que personne ait dit qu’Insite était une pilule magique qui résoudrait toutes les questions de santé mentale et de dépendance, a-t-il affirmé. Le gouvernement provincial voit Insite seulement comme une partie de la solution.”
Le député libéral fédéral de Vancouver Centre, Hedy Fry, a accusé les conservateurs d’avoir pris une décision idéologique, qui ne s’appuie sur aucune preuve scientifique.
Selon M. Fry, les conservateurs ne voudraient pas indisposer une portion de leur base électorale, formée de militants anti-drogue et partisans de la ligne dure face à la criminalité.
Le député fédéral du Nouveau Parti démocratique de Vancouver Centre, Libby Davies, a abondé dans le même sens, soutenant que Tony Clement avait fait son nid et qu’aucune information ne pourrait le faire fléchir.
Source : La Presse Canadienne
Mots-clés : Canada, injection, Insite, justice, local, loi, Ottawa, Vancouver
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