Dans les villes de l’Euro, l’afflux redouté de prostituées clandestines n’a pas eu lieu
RASSEMBLEMENT. Alors que la campagne nationale de sensibilisation contre la traite des femmes bat son plein, les supporters du ballon rond semblent peu s’intéresser aux quartiers chauds des villes qu’ils découvrent.
L’afflux que certains craignaient n’a pas eu lieu. Lors du Mondial en Allemagne en 2006 déjà, des Cassandre prédisaient une venue massive de prostituées clandestines pour satisfaire les besoins des fans de foot. Entre 40000 et 60000 prostituées d’Europe de l’Est et d’Europe centrale, allaient déferler sur le pays organisateur, disaient-elles! Et puis, finalement, rien. Les prostituées «légales» se sont, elles, presque plaintes d’avoir moins de clients que d’habitude. C’est exactement ce même scénario qui est en train de se reproduire avec l’Euro 2008.
Les supporters en liesse préfèrent fêter la victoire - ou pleurer la défaite - de leur équipe fétiche en groupes, autour de bonnes bières, plutôt que s’adonner au sexe tarifé. Tout au plus certains cabarets et discothèques «chaudes» sont-ils un peu plus fréquentés. Mais rien de bien significatif, selon notre coup de sonde.
Seulement cinq cas
La demande n’est pas importante - la forte présence policière y est peut-être aussi pour quelque chose - et les travailleuses du sexe étrangères ne se sont pas précipitées en Suisse. Voilà qui réjouit les vingt-cinq organisations qui ont lancé la campagne «Euro 2008 contre la traite des femmes», avec une aide financière de 100 000 francs de la Confédération.
N’ont-elles pas exagéré le problème, comme en 2006? «Nous n’avons jamais tablé sur une hausse de la prostitution ou de la traite des femmes durant l’Euro», réagit Doro Winkler, qui travaille pour le FIZ (Centre d’information pour les femmes d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et d’Europe de l’Est).
D’ailleurs, selon les évaluations de Fedpol (Office fédéral de la police), qui s’est intéressé au Mondial 2006 en vue de l’Euro 2008, seules 26 victimes de la traite d’êtres humains ont été recensées lors de la Coupe du monde en Allemagne. Et un lien direct avec le Mondial n’a été établi que dans cinq cas. Voilà qui est bien loin du chiffre de 40000, brandi notamment par des parlementaires du Conseil de l’Europe…
La coalition contre la traite des femmes a en fait surtout voulu profiter de l’événement sportif pour faire passer son message à un large public. Et inciter la Suisse à enfin ratifier la Convention du Conseil de l’Europe contre la traite des êtres humains et mieux protéger les victimes. De premiers résultats sont déjà visibles. «Nous avons, ces derniers temps, reçu plus d’appels de personnes qui avaient des soupçons de traite dans leur voisinage et c’est probablement dû à notre campagne de sensibilisation. Nous avons aussi reçu plus d’appels de clients», souligne Doro Winkler.
Spot censuré à Genève
Il faut dire que la campagne «Euro 2008 contre la traite des femmes» est très choc. Un spot montre une jeune femme, terrorisée, entrer dans un hangar noir où sont entassées des centaines de femmes. Un commissaire-priseur les vend à d’obscurs bonshommes. Puis le message «Chaque année des centaines de jeunes femmes sont vendues à l’industrie du sexe en Suisse» défile. Ce spot, diffusé à la télévision et dans les stades, a d’ailleurs été censuré à Genève: il n’a pas été diffusé dans la Fan Zone de Plainpalais. Et, dans un premier temps, Bâle ne voulait le diffuser qu’après 23 heures, pour éviter que des enfants ne le voient. Avant de se raviser.
Ne pas gâcher la fête
Faut-il vraiment choquer pour sensibiliser sur un tel thème? «Le fait que des milliers de femmes soient chaque année victimes de traite est en soi choquant. Nous avons choisi le langage de la pub pour insister sur cette réalité insupportable. Nous voulions un message fort», répond Ruth-Gaby Vermot, la présidente de la campagne.
L’ancienne parlementaire fédérale, qui a été elle-même, en 2006, à l’origine d’une résolution du Conseil de l’Europe intitulée «Halte à la traite des femmes à la veille de la Coupe du monde de la FIFA», est satisfaite des premiers résultats. «Le Conseil de l’Europe l’a évoquée jeudi dernier. Et nous avons déjà récolté beaucoup de signatures pour notre pétition qui veut inciter la Suisse à se montrer plus regardante», souligne-t-elle. «Nous demandons notamment de ne pas criminaliser les victimes de traite des femmes, et d’introduire le principe d’un permis de séjour qui ne dépende pas de leur volonté de témoigner. Car, jusqu’à présent, les victimes qui n’osent pas porter pas plainte sont généralement expulsées.»
Des reproches, les organisateurs en ont aussi récoltés. Certains dénoncent l’amalgame fait entre consommateurs de prostituées et fans de foot. Ruth-Gaby Vermot s’en défend. «Nous ne sommes pas là pour gâcher la fête. Nous ne condamnons d’ailleurs pas les hommes qui fréquentent des prostituées. Nous avons simplement saisi cette occasion - la Suisse organise rarement de si grands événements - pour toucher le plus d’hommes possible et les sensibiliser à un thème important», répète-t-elle. Elle ne peut d’ailleurs s’empêcher de dénoncer l’attitude de Genève à propos du spot.
Entre 1500 et 3000
Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), près de deux millions et demi de personnes sont victimes chaque année de la traite des êtres humains. Et 80% sont des femmes ou des jeunes filles. En Suisse, entre 1500 et 3000 femmes seraient contraintes à la prostitution chaque année.
Source : Le Temps
Mots-clés : euro, femme, football, mondial, prostitution, traite
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