Comment l’argent de la drogue finit au supermarché du coin


Un fonds genevois sert à financer des projets sur le plan local destinés aux petits paysans sud-américains.

Quel rapport entre le café Max Havelaar que vous achetez à la Migros et des petits jobs de réinsertion pour toxicomanes? Rien, à première vue. Pourtant, les deux sont encouragés par un fonds spécial genevois alimenté par les saisies d’argent liées au trafic des stupéfiants.

Lorsque l’on achète du café Max Havelaar à la Migros, une partie des grains provient de la coopérative La Florida située à Chanchamayo dans la Haute Amazonie péruvienne. Là-bas, environ 1000 familles écoulent 60 à 80% de leur production à bon prix à travers le commerce équitable et bio. Ce qui leur a permis de renoncer à la culture de coca. Cette belle reconversion a été possible grâce au Fonds genevois de lutte contre la drogue et de prévention de la toxicomanie et au soutien de l’association La Florida-Pérou.

Perspective globale

Constitué de confiscations d’argent lié au trafic des stupéfiants et de montants rétrocédés selon des accords de partages avec d’autres Etats, ce fonds a été créé en 1995. Il permet de financer pour moitié des projets dans les pays producteurs et pour le reste des institutions actives dans la prévention de la toxicomanie et l’aide aux toxicomanes à Genève.

«Attaquée par le mouvement d’obédience maoïste Sentier lumineux, La Florida était sur le point de disparaître pendant les années 90, lorsque 200 000 francs du fonds lui ont permis de redémarrer», raconte Jean-Luc Pittet, secrétaire général de Terre des Hommes Suisses, l’un des initiateurs de ce fonds avec la Fédération genevoise de coopération. Grâce à cet argent, les paysans n’ont plus été obligés de brader leur café à des négociants au moment des récoltes et ont pu améliorer leurs revenus.

Autre ambiance, derrière la gare Cornavin. Dans le local d’injection du Quai 9, Jean et André* s’apprêtent à partir ramasser des seringues dans le quartier des Grottes. «Ici, beaucoup de personnes n’ont pas bossé depuis des années. Ces petits jobs nous permettent de retrouver un rythme. On doit arriver quinze minutes à l’avance», témoigne Jean. Comme eux, une trentaine de toxicomanes réapprennent à se sentir utiles. D’autres servent au bar, éditent un journal ou donnent des conseils à leurs pairs. Comme dans le cas péruvien, le projet est financé par le fonds drogue. «Les 30 000 francs reçus nous permettent de défrayer les participants», précise Christophe Mani, directeur de Première ligne, l’association qui gère le projet.

«Genève a joué un rôle de pionnier», estime Jean-Luc Pittet. Si d’autres cantons comme Fribourg et Vaud ont partiellement suivi, aucun n’a versé autant d’argent. Depuis la création du fonds, 16,6 millions de francs ont été affectés par Genève.

*Prénoms d’emprunt
Un fonds toujours moins bien doté

Alors que le trafic de drogue ne connaît pas de décrue, les saisies d’argent liées aux stupéfiants versées dans ce fonds sont paradoxalement de moins en moins importantes.

Le temps des affaires comme celle du partage en 1998 de 250 millions de Sheila Arana Nasser, l’épouse d’un trafiquant colombien, qui avait donné lieu à des disputes entre la Confédération, Vaud et Zurich est terminé.

Source : Tribune de Genève

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