MONDE: Le préservatif féminin : l’enfant maudit de la prévention du VIH
MEXICO, 15 août 2008 (PlusNews) - Le préservatif féminin, actuellement l’unique méthode de prévention du VIH maîtrisée par les femmes, est rarement mis à la disposition des femmes qui en ont besoin.
Selon les activistes de la Conférence internationale sur le sida de Mexico, qui ont attribué cette lacune à une mauvaise commercialisation et à des investissements insuffisants, cette promotion insuffisante du préservatif féminin a compromis les efforts de prévention du VIH déployés dans le monde.
« Lorsque nous avons découvert le préservatif féminin pour la première fois, il était commercialisé aux travailleuses du sexe, aux femmes dans les bars, et à d’autres femmes considérées comme exposées au risque de contracter le VIH ou dont les mœurs étaient perçues comme légères », a expliqué Gladys Chiwome, du Women and AIDS Support Network du Zimbabwe, qui promeut l’utilisation du préservatif féminin dans ce pays d’Afrique australe.
« Dès lors, les femmes qui ne pensaient pas courir de risque, comme les femmes mariées, étaient et sont toujours réticentes à l’utiliser ».
Farah Karimi, directrice d’Oxfam-Novib, la branche hollandaise de l’association caritative internationale britannique, a déclaré à la presse que 28 millions de préservatifs féminins avaient été distribués dans le monde en 2007, contre 11 milliards de préservatifs pour hommes.
Le coût unitaire d’un préservatif féminin, a-t-elle ajouté, est 18 fois plus élevé que celui d’un préservatif pour homme. « Même ici, à la conférence, le sac fourni par les organisateurs de la conférence à tous les délégués contenait cinq préservatifs pour hommes, mais un seul pour femme », a-t-elle fait remarquer.
Tandis que les décideurs et les bailleurs continuent à penser que le peu de fonds investis dans les préservatifs féminins s’explique par une faible demande, selon Mme Karimi, c’est en fait l’inverse : si davantage de gouvernements achetaient plus de préservatifs féminins, s’ils étaient plus nombreux à promouvoir davantage de programmes de distribution de préservatifs féminins et à investir davantage dans le développement d’une version moins coûteuse de ce préservatif, la demande grimperait en flèche.
« Le préservatif pour hommes a fait l’objet d’une communication très intensive, par le biais de la publicité, de l’éducation scolaire et du plaidoyer ; on a besoin que les mêmes efforts soient déployés pour le préservatif féminin », a-t-elle observé.
Selon Mme Chiwome, en raison de ce manque d’accès aux préservatifs féminins, l’on conseille souvent aux femmes de les laver et de les réutiliser, une pratique qui a des conséquences préoccupantes en matière de santé et d’hygiène, particulièrement dans les régions rurales où les populations n’ont pas facilement accès à l’eau salubre.
Les rares femmes du Zimbabwe qui ont réussi à mettre la main sur des préservatifs féminins s’en sont dites satisfaites. « Elles se sentaient plus confiantes, plus assurées et épanouies dans leur sexualité », a rapporté Mme Chiwome.
Dans une société où, selon la dynamique des pouvoirs entre les sexes, les femmes n’ont souvent guère leur mot à dire dans leurs relations sexuelles, Mme Chiwome a souligné qu’il était nécessaire d’équiper les femmes non seulement en préservatifs féminins, mais aussi en leur donnant les capacités nécessaires pour négocier leur utilisation.
« Les femmes et les filles ont besoin d’avoir la capacité de dire à leurs partenaires sexuels “si tu ne vas pas mettre le tien, je vais mettre le mien” », a convenu Mary Robinson, ancienne présidente de la république d’Irlande et présidente honoraire d’Oxfam International.
Pour Mme Robinson, assurer aux femmes un accès facile et à prix abordable à des préservatifs féminins est une question de droits humains. « Il s’agit de donner le droit aux femmes d’avoir accès à une protection et de faire des choix par elles-mêmes. Les écoles devraient enseigner aux garçons et aux filles ce qu’est le préservatif féminin mais, malheureusement, la plupart ne le font pas », a-t-elle déclaré.
« Les investissements dans la prévention pour les femmes sont axés sur les vaccins et les microbicides, qui n’existent pas pour l’instant et n’existeront peut-être pas pendant quelques années encore. Les femmes ne peuvent pas attendre qu’ils soient créés : elles ont besoin d’une protection, aujourd’hui », a conclu Mme Karimi.
Source : IRIN
Mots-clés : féminin, femme, préservatif, prévention, sida, vih
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