Botellónes: quelle prévention et quelles responsabilités ?
Ces fameux «botellones» venus d’Espagne ont fait couler beaucoup d’encre et de salive depuis le 18 juillet date du premier de ces «événements» survenu à Genève.
Cela fait déjà quelques années que les professionnels de la prévention ont pris la mesure des modes actuels de consommation des jeunes qui se traduisent par la «cuite expresse», l’âge précoce de la consommation et l’augmentation des épisodes d’alcoolisation chez les jeunes filles.
Lesdits professionnels et ceux qui s’occupent des ados s’efforcent de gérer nombre de situations à risque sans les banaliser, mais sans non plus peindre le diable sur la muraille, alors que les statistiques récentes nous indiquent que la consommation d’alcool des ados est globalement légèrement en baisse. Mais cela ne nous dispense pas de rester vigilants.
Certains se demandent soudainement comment on en est arrivé là pourquoi les alcools forts sont-ils si accessibles et appellent à des mesures immédiates.
Rappelons qu’en 1999, la Suisse a dû harmoniser les taxes sur les spiritueux indigènes et étrangers pour satisfaire aux accords du GATT/OMC. Ce faisant, elle a abaissé drastiquement ces taxes afin de préserver les producteurs suisses avec pour résultat que le prix d’une bouteille de gin ou de whisky a considérablement chuté et… que la consommation des alcools forts a augmenté. Tout récemment, sous la pression des milieux de l’économie (USAM, Gastrosuisse, alcooliers), le plan national alcool a vu le retrait de mesures de type structurelles, en particulier la restriction de vente d’alcool au détail pendant la nuit comme c’est le cas à Genève (même si cette disposition est encore mal appliquée…) Or, les études internationales montrent clairement que si l’on veut déployer une prévention efficace, on ne peut se contenter d’agir sur les comportements par des campagnes de sensibilisation mais il faut parallèlement introduire des mesures structurelles (taxes, diminution de la disponibilité du produit et application des lois de protection des mineurs). Il est donc de la responsabilité des politiques, chacun à son niveau, de faire en sorte que le produit alcool soit en liberté surveillée et d’oser s’opposer aux lobbies économiques quand la santé de la population, mais en particulier des jeunes, est en jeu. Les jeunes qui utilisent l’alcool comme exutoire nous renvoient au modèle des adultes qui ont leurs propres rituels de consommation, moins spectaculaires mais tout aussi dommageables en termes de santé publique. Au lieu de craindre cette nouvelle mode, les autorités politiques et les professionnels concernés doivent saisir cette opportunité pour trouver des solutions concertées tenant compte des besoins des uns et des autres, sans démagogie, en posant un cadre permettant la mise en oeuvre d’une politique cohérente en matière de jeunesse, d’alcool, et de gestion de l’espace public.
Les autorités municipales genevoises ont pris leurs responsabilités en initiant un dialogue avec les instigateurs de ces manifestations et en tolérant le récent botellón, mais les stratégies doivent encore être affûtées en collaboration avec le canton qui a un plan de prévention et de promotion de la santé dont l’une des priorités est de «retarder l’âge de la première consommation d’alcool ».
Source : TdG
Mots-clés : alcool, Botellóne, genève, jeune, politique, prévention
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