Don Juan, opération prévention au Flon
DEPISTAGE. A Lausanne, une campagne sensibilise les clients des prostituées aux risques du sida. Et offre un test rapide et gratuit.
22h15 Dans le quartier du Flon à Lausanne, Fatima puise de l’énergie dans les regards encourageants de ses collègues. Souriante, elle se lance sur la rue à l’abordage de la première voiture qui ralentit devant elle. Le chauffeur laisse lentement descendre sa vitre de quelques centimètres: «Bonsoir Monsieur, est-ce que je peux vous offrir un préservatif?». L’homme surpris abaisse complètement sa vitre. Fatima s’appuie sur la portière tout en se déhanchant légèrement. Des paroles fusent. Un échange sans tabou commence. En quelques minutes, un bouchon provoqué se forme. Le travail des médiateurs de l’opération Don Juan peut commencer.
«De nombreux clients négocient des rapports non protégés avec les prostituées et ils n’ont pas effectué de test de dépistage», constate Anne Ansermet-Pagot, coordinatrice de Fleur de Pavé. Cette association offre un espace de rencontre pour les prostituées lausannoises directement sur leur lieu de travail. Les responsables de Fleur de Pavé ont alerté les services médicaux sur les risques élevés courus par les prostituées. Le projet Don Juan dans sa version 2008 se veut une réponse à ce problème de santé publique. C’est une première en Suisse. Une équipe d’intervention formée de médiateurs et d’infirmières se rend sur les lieux mêmes de la prostitution de rue. Cette équipe propose des conseils de prévention aux clients des prostituées, population à haut risque d’infection. Le test rapide de dépistage du sida est gratuit. Il stimule la prise de responsabilité des clients. Ce test administré dans divers hôpitaux de Suisse romande contre paiement réclame parfois un temps d’attente important pour obtenir un rendez-vous. Ce projet de prévention s’est déroulé durant toute la semaine dernière.
23h00 Sous la tente des médiateurs de Don Juan, Pierre raconte sa dernière rencontre: «C’était un homme étonné par notre campagne, il affirme ne jamais demander des relations sexuelles sans préservatif, aussi par respect pour sa femme. En même temps, il a refusé le test de dépistage, car il le fait chaque année.»
Les voitures continuent à tourner à la recherche d’une partenaire. Fauteuils d’enfant à l’arrière, vélo tandem sur le toit, plaques aux écussons cantonaux divers, la gent masculine dans sa variété la plus extrême a rendez-vous le soir au Flon. Et Pierre de s’exclamer: «Ce ballet de voitures, c’est le lieu idéal pour faire de la prévention, on est au cœur.» Cette fois l’échange qu’il engage avec un quadra débonnaire porte sur les difficultés pratiques liées aux relations sexuelles avec un préservatif: quand le placer, comment, par soi-même, par sa partenaire? Aucun sujet n’est tabou. Il est vrai que les hommes qui tournent dans le quartier du Flon ne ressentent aucune honte à recourir au sexe payant. Ils se montrent, contre toute attente, très ouverts au dialogue. Les médiateurs insistent sur le respect dû aux clients: «Nous sommes là pour expliquer l’importance du sexe protégé, pas pour juger», insiste Pierre.
Chaque soir des dizaines de voitures s’arrêtent devant la tente illuminée des médiateurs de Don Juan. Quatre fois sur 5, les hommes acceptent d’engager la conversation. Parfois, ils sont d’accord de parquer un peu plus loin, de sortir de leur véhicule et de poursuivre l’échange. C’est pendant ces échanges plus approfondis que le test de dépistage du sida est offert. «Hier, l’homme que j’ai accompagné au bus prêté par Point Fixe - association active dans la prévention sur la place de Lausanne - cachait avec peine le tremblement qui l’habitait», raconte Pierre.
00h00 Plusieurs hommes patientent pour effectuer le test. Les deux bus stationnés à quelques mètres de la tente sont déjà occupés. Les infirmières ne chôment pas. «C’est une phase pilote» déclare le docteur Matthias Cavassini, médecin responsable des consultations ambulatoires en maladies infectieuses au CHUV, «je suis impressionné par le succès rencontré auprès des clients. Qui aurait pu parier qu’ils accepteraient de se soumettre à un test de dépistage? La tactique d’aborder les gens directement sur le terrain paraît prometteuse.»
Don Juan aura sensibilisé plus d’une centaine d’hommes durant une semaine. Une évaluation de son impact est en cours. Les chiffres indiqués par l’Aide suisse contre le sida parlent d’un Suisse sur 12 qui aurait recours aux services d’une professionnelle du sexe une fois ou plus par année.
Source : Le Temps
Mots-clés : client, dépistage, Don Juan, Flon, Lausanne, prévention, prostitution, sida, vih
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