Le retour des maisons closes en Italie ?
RACOLAGE. Les critiques pleuvent au lendemain du vote d’un projet de loi contre la prostitution, jugé contre-productif.
En catimini, Silvio Berlusconi retourne au bordel. Le gouvernement italien a en effet approuvé jeudi en Conseil des ministres un tour de vis législatif contre la prostitution dans les lieux publics qui pourrait entraîner la réouverture de facto des maisons closes.
A l’initiative de Maria Carfagna, passée en quelques mois de mannequin sexy pour calendriers de camionneurs à ministre pour la Parité du cabinet Berlusconi, le Conseil des ministres a en effet approuvé un texte qui sanctionne «les travailleurs du sexe» autant que les clients d’une amende de 200 à 13000 euros et de 5 à 15jours de réclusion. La mesure vise «toute personne exerçant la prostitution ou en profitant dans les lieux publics», à savoir rues, parcs ou bois. Les peines contre les proxénètes ont elles aussi été durcies. La ministre a justifié la mesure en expliquant que «la prostitution dans la rue est un phénomène qui provoque une grande préoccupation sociale et génère esclavagisme, exploitation de mineurs, viols et homicides».
Selon les estimations, il y aurait entre 50000 et 70000 personnes (hommes et femmes) vivant de la prostitution dans la Péninsule, dont un tiers d’étrangers. Le soir, les grandes artères aux abords des villes italiennes se transforment ainsi en lupanars à ciel ouvert avec notamment des milliers de jeunes filles de l’Est qui offrent leurs charmes pour quelques euros.
Il y a déjà quelques semaines, des maires, notamment de la Ligue du Nord, avaient entrepris une croisade contre le phénomène en punissant sévèrement les clients par des amendes de 500euros. Avec le projet de loi, le gouvernement entend donner une réponse nationale. Mais la solution proposée inquiète nombre d’associations, qui redoutent que la mesure ne se traduise par la réouverture des maisons closes, fermées en 1958 par la loi Merlin. Officiellement, la ministre Carfagna ne veut pas en entendre parler. «La prostitution m’horrifie, je ne comprends pas les personnes qui vendent leur corps», a-t-elle insisté tout en admettant: «Je me rends compte que la prostitution est un phénomène qui existe et qui malheureusement ne peut être extirpé. C’est comme la drogue.» En conséquence, la prostitution reste légale mais elle devra s’exercer dans les lieux privés. Ce qui fait dire à une série d’associations, dont l’organisation catholique Caritas, l’Unicef ou encore Save the Children, que «le projet de loi est inefficace et contre-productif […] On ne résout pas la question de la prostitution en la rendant invisible.» Pour l’opposition de gauche, «c’est un texte hypocrite et moraliste qui ne règle pas le problème. Au contraire, cela nous ramènera directement aux maisons closes, où les proxénètes feront ce qu’ils voudront.»
D’autant que Maria Carfagna s’est prononcée également contre l’idée de «coopératives du sexe» gérées par les prostituées elles-mêmes. «Les filles seront encore plus la proie de leurs exploiteurs», a critiqué Carla Corso, fondatrice du Comité des droits des prostituées qui a taclé la ministre en rappelant qu’«elle aussi a utilisé son corps pour arriver où elle est. Il suffit d’ouvrir Internet pour profiter de ses grâces.» Hier, le quotidien de centre gauche La Repubblica dénonçait «un pas en arrière d’un demi-siècle» et s’en prenait à une droite de gouvernement à la fois «moraliste et graveleuse, sous le signe de l’hypocrisie».
A l’annonce du projet de loi, le maire (Ligue du Nord) de Vérone, Flavio Tosi, a indiqué qu’il préparait une nouvelle mesure pour punir d’une amende de 450euros les prostituées en appartement qui gêneraient leurs voisins. Quant au président (Alliance nationale) de la commission Justice au Sénat, Filippo Berselli, il a justifié le projet de loi contre la prostitution en argumentant prosaïquement: «De mon temps, les filles ne te la donnaient pas, alors on devait s’arranger en allant voir les prostituées. Mais aujourd’hui, c’est fini. Les filles sont plus entreprenantes que les garçons. Ils n’ont donc plus besoin des prostituées.»
Source : le Temps
Mots-clés : interdiction, Italie, loi, prostitution, racolage, rue
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