Drogue: encore une occasion de perdue ?


Les derniers sondages laissent penser que le peuple ne mettra pas à terre, au soir du 30 novembre, la politique suisse de prise en charge de la toxicomanie, dont fait partie le fameux programme médical de prescription d’héroïne. A dix jours du scrutin, la révision de la loi fédérale sur les stupéfiants recueillait en effet 63% d’avis favorables, contre 21% d’opposants et encore 16% d’indécis. Face à un large consensus politique, à une mobilisation des professionnels de l’addiction qui ratisse jusqu’au syndicat national des policiers, ainsi que de nombreuses associations, et en tenant compte des précédentes votations, un tel résultat ne surprendrait pas.

L’ancrage des quatre piliers (prévention, thérapie et réinsertion, réduction des risques et aide à la survie, répression) dans la législation permettra de poursuivre le travail accompli avec succès depuis les années 1990. Ce statu quo consolidé, qui consacrerait la diversité des approches de la dépendance n’est pas le moindre des acquis. Il a déjà sauvé des vies, permis d’éviter l’explosion du VIH et contribué au retour à une existence décente à des milliers de personnes.

Mais la force d’une politique efficace et durable se trouve également dans ses capacités à innover, et à faire preuve d’audace, si possible. L’histoire de la révision de la LStup rappelle que le Conseil fédéral n’en était pas dénué lorsqu’il prônait la dépénalisation de la consommation, de la possession et de la production de cannabis pour les adultes. Cette époque est révolue. L’une des conséquences fait qu’aujourd’hui, les défenseurs de l’initiative «pour une politique raisonnable en matière de chanvre protégeant efficacement la jeunesse» mènent un combat inaudible. En Suisse romande, ils sont même évités par leurs alliés des précédentes campagnes. La peur d’un double «non à la drogue» étouffe le débat. Selon le même sondage SSR, la moitié des votants rejetteraient ainsi le texte pro chanvre, et 12% n’auraient pas encore fait leur choix. L’échec semble inévitable.

Et pourtant, une libéralisation contrôlée des drogues constituerait l’évolution logique de la politique suisse. En s’insérant dans l’esprit de la réduction des risques, elle permettrait un contrôle des produits, la possibilité de renforcer l’information et la prévention, de règlementer la question des mineurs. Le cannabis constituerait une forme de test. Sa toxicité est limitée, ses vertus médicinales intéressantes et des expériences fructueuses ont vu le jour à l’étranger depuis longtemps.

L’objectif d’une maîtrise voire d’une diminution des dépendances semble difficilement s’accommoder avec un strict régime d’interdiction, on le voit dans d’autres domaines. La répression ne fonctionne pas, mais on continuera de lui attribuer un rôle démesuré et coûteux.

Au fond, la dépénalisation du cannabis n’aurait jamais dû être exclue de la version revue de la LStup. Le débat public porterait alors réellement sur la place des drogues dans la société. Avec toutes les cartes sur la table, dont l’alcool et le tabac en bonne place. Mais cette campagne-là n’aura été qu’un rendez-vous manqué.

Source : Le Courrier

Mots-clés : , , , , , , ,
Imprimer cet article Imprimer cet article

Liens et Informations

Entrer en lice en commentant, suivant ce que les autres ont a dire, ou en y référant depuis votre blog.


Autres articles
Pays Bas: la fermeture des coffee shops provoque un vif débat
Le passage à la dépendance est souvent imperceptible

Commentaires de lecteurs

Désolé, les commentaires ne sont plus possibles.